‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 422 sur 766 · D. RAIMOND · texte numérisé non relu

D. RAIMOND

Sortant d'une prison de plus de six années,

Je l'ai cherché, madame, où, pour les mieux braver,

Par l'ordre du feu roi je le fis élever

Avec tant de secret, que même un second père

Qui l'estime son fils ignore ce mystère.

Ainsi qu'en votre cour Sanche y fut son vrai nom,

Et l'on n'en retrancha que cet illustre Don.

Là j'ai su qu'à seize ans son généreux courage

S'indigna des emplois de ce faux parentage;

Qu'impatient déjà d'être si mal tombé,

A sa fausse bassesse il s'était dérobé ;

Que déguisant son nom, et cachant sa famille,

Il avait fait merveille aux guerres de Castille,

D'où quelque sien voisin, depuis peu de retour,

L'avait vu plein de gloire, et fort bien en la cour;

Que du bruit de son nom elle était toute pleine,

Qu'il était connu même et chéri de la reine :

Si bien que ce pêcheur, d'aise tout transporté,

Avait couru chercher ce fils si fort vanté.

D. LÉONOR

Don Raimond, si vos yeux pouvaient le reconnaîd. raimond. [tre...

Oui, je le vois , madame. Ah ! seigneur! ah ! mon d. lope. [maître !

Nous l'avions bien jugé : grand prince, rendez-vous ; La vérité paraît, cédez aux vœux de tous.

D. LÉONOR

Don Sanche, voulez-vous être seul incrédule?

CARLOS

Te crains encor du sort un revers ridicule : Mais, madame, voyez si le billet du roi Accorde à don Raimond ce qu'il vous dit de moi.

D. LÉONOR

( Elle ouvre l'écrin , et en lire un billet qu'elle lit. )

« Pour tromper un tyran je vous trompe vous-même. «Vous reverrez ce fils que je vous fais pleurer :

, ACTE V, SCÈNE Vil. 205

« Cette erreur lui peut rendre un jour le diadème' « Et je vous l'ai caché pour le mieux assurer

« Si ma feinte vers vous passe pour criminelle, « Pardonnez-moi les maux qu'elle vous fait souffrir, «De crainte que les soins de l'amour maternelle «Par leurs empressements le fissent découvrir.

« Nugne, un pauvre pêcheur, s'en croit être le père; « Sa femme en son absence accouchant d'un fils mort, «Elle reçut le vôtre, et sut si bien se taire, « Que le père et le fils en ignorent le sort.

« Elle-même l'ignore ; et d'un si grand échange «Elle sait seulement qu'il n'est pas de son sang, « Et croit que ce présent, par un miracle étrange, « Doit un jour par vos mains lui rendre son vrai

[rang.

« A ces marques, un jour, daignez le reconnaître; « Et puisse l'Aragon, retournant sous vos lois, « Apprendre ainsi que vous, de moi qui l'ai vu naître. « Que Sanche, fils de Nugne, est le sang de ses rois !

« DON FERNAND d' ARAGON. »

D. LÉONOR, après avoir lu.

Ah ! mon fils, s'il en faut encore davantage, Croyez-en vos vertus et votre grand courage.

CARLOS , à D. Léonor.

Ce serait mal répondre à ce rare bonheur

Que vouloir me défendre encor d'un tel honneur.

(à D. Isabelle.) Je reprends toutefois Nugne pour mon vrai père, Si vous ne m'ordonnez, madame, que j'espère.

D. ISABELLE

C'est trop peu d'espérer, quand tout vous est acquis. Je vous avais fait tort en vous faisant marquis ; Et vous n'aurez pas lieu désormais de vous plaindre De ce retardement où j'ai su vous contraindre. Et pour moi, que le ciel destinait pour un roi, Digne de la Castille, et digne encor de moi, J'avais mis cette bague en des mains assez bonnes Pour la rendre à don Sanche et joindre nos courond. carlos. [nés.

Je ne m'étonne plus de l'orgueil de mes vœux Qui, sans la partager, donnaient mon cœur à deux; Dans les obscurités d'une telle aventure, L'amour se confondait avecque la nature.

D. ELVIRE

Le nôtre y répondait sans faire honte au rang, Et le mien vous payait ce que devait le sang.

CARLOS, àD. Elvire.

Si vous m'aimez encore, et m'honorez en frère», Un époux de ma main pourrait-il vous déplaire?

D. ELVIRE

Si don Alvar de Lune est cet illustre époux,

Il vaut bien à mes yeux tout ce qui n'est point vous.

CARLOS, à D. Elvire.

Il honorait en moi la vertu toute nue. ( à D. Manrique et à D. Lope.) Et vous, qui déJaigniez ma naissance inconnue,

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