‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 421 sur 766 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

D. ISABELLE, D. LÉONOR, D. ELVIRE , CARLOS, D. MANRIQUE, D. LOPE, D. ALVAR , BLANCHE , un garde.

D. ALVAR

Princesses, admirez l'orgueil d'un prisonnier, Qu'en faveur de son fils on veut calomnier.

Ce malheureux pêcheur, par promesse ni crainte, Ne saurait se résoudre à souffrir une feinte. J'ai voulu lui parler et n'en fais que sortir ; J'ai taché, mais en vain, de lui faire sentir Combien mal à propos sa présence importune D'un fils si généreux renverse la fortune, Et qu'il le perd d'honneur, à moins que d'avouer Que c'est un lâche tour qu'on le force à jouer; J'ai même à ces raisons ajouté la menace : Rien ne peut l'ébranler, Sanche esttoujours sa race ; Et quant à ce qu'il perd de fortune et d'honneur, Il dit qu'il a de quoi le faire grand seigneur, Et que plus de cent fois il a su de sa femme (Voyez qu'il est crédule et simple au fond de l'aine !) Que voyant ce présent, qu'en mes mains il a mis, La reine d'Aragon agrandirait son fils.

(à D. Léonor.)

Si vous le recevez avec autant de joie, Madame, que par moi ce vieillard vous l'envoie, Vous donnerez sans doute à cet illustre fils Un rang encor plus haut que celui de marquis. Ce bon homme en paraît l'âme toute comblée. (D. Alvar présente à D. Léonor un petit écrin qui s'ouvre sans clef, au moyen d'un ressort secret. ) D. ISABELLE.

Madame, à cet aspect vous paraissez troublée.

D. LÉONOR

J'ai bien sujet de l'être en recevant ce don, Madame, j'en saurai si mon fils vit, ou non ; Et c'est où le feu roi, déguisant sa naissance, D'un sort si précieux mit la reconnaissance. Disons ce qu'il enferme avant que de l'ouvrir. Ah ! Sanche, si par là je puis le découvrir, Vous pouvez être sûr d'un entier avantage Dans les lieux dont le ciel a fait notre partage; Et qu'après ce trésor que vous m'aurez rendu Vous recevrez le prix qui vous en sera du. Mais à ce doux transport c'est déjà trop permettre. Trouvons notre bonheur avant que d'en promettre.

Ce présent donc enferme un tissu de cheveux Que reçut don Fernand pour arrhes de mes vœux, Son portrait et le mien, deux pierres les plus rares Que forme le soleil sous les climats barbares, Et, pour un témoignage encore plus certain, Un billet que lui-même écrivit de sa main.

\m GARDE.

Madame, don Raimond vous demande audience.

DON SANCHE D'ARAGON

D. LÉONOR

Qu'il entre. Pardonnez à mon impatience Si l'ardeur de le voir et de l'entretenir Avant votre congé l'ose faire venir.

D. ISABELLE

Vous pouvez commander dans toute la Castille, Et je ne vous vois plus qu'avec des yeux de fille.

D. ISABELLE , D. LÉONOR , D. ELVIRE , CARLOS, D. MANRIQUE , D. LOPE , D. ALVAR, BLANCHE, D. RAIMOND.

D. LÉONOR

Laissez là, don Raimond, la mort de nos tyrans, Et rendez seulement don Sanche à ses parents. Vit-il ? peut-il braver nos fières destinées ?

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