‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 438 sur 766 · NICOMEDE, ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

NICOMEDE, ACTE III, SCENE IV

FLAMINIUS

Puis-je ne pas vous plaindre en cet aveuglement? Madame, encor un coup, pensez-y mûrement, Songez mieux ce qu'est Rome et ce qu'elle peutfaire ; Et, si vous vous aimez, craignez de lui déplaire. Carthage étant détruite, Antiochus défait, Rien de nos volontés ne peut troubler l'effet : Tout fléchit sur la terre, et tout tremble sur l'onde; Et Rome est aujourd'hui la maîtresse du monde.

LAODICE

La maîtresse du monde! Ah ! vous me feriez peur S'il ne s'en fallait pas l'Arménie et mon cœur, Si le grand Annibal n'avait qui lui succède, S'il ne revivait pas au prince ISicomède, Et s'il n'avait laissé dans de si dignes mains L'infaillible secret de vaincre les Romains. Un si vaillant disciple aura bien le courage D'en mettre jusqu'au bout les leçons en usage : L'Asie en fait l'épreuve, où trois sceptres conquis Font voir en quelle école il en a tant appris, [être Ce sont des coups d'essai, mais si grands que peut- Le Capitole a droit d'en craindre un coup de maître, Et qu'il ne puisse un jour...

FLAMINIUS

Ce jour est encor loin, Madame, et quelques-uns vous diront, au besoin, Quels dieux du haut en bas renversent les profanes. Et que, même au sortir de Trébie et de Cannes, Son ombre épouvanta votre grand Annibal. Mais le voici ce bras à Rome si fatal.

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