‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 457 sur 766 · ARSINOÉ, LAODICE, CLÉONE · texte numérisé non relu

ARSINOÉ, LAODICE, CLÉONE

ARSINOÉ

La cause de nos maux doit-elle être impunie?

LAODICE

Non, madame ; et, pour peu qu'elle ait d'ambition, Je vous réponds déjà de sa punition.

ARSTNOÉ.

Vous qui savez son crime, ordonnez de sa peine.

LAODICE

Un peu d'abaissement suffit pour une reine : C'est déjà trop de voir son dessein avorté.

ARSINOÉ

Dites, pour châtiment de sa témérité, Qu'il lui faudrait du front tirer le diadème.

LAODICE

Parmi les généreux il n'en va pas de même; Ils savent oublier quand ils ont le dessus, Et ne veulent que voir leurs ennemis confus.

Ainsi qui peut vous croire, aisément se contente.

LAODICE

Le ciel ne m'a pas fait l'âme plus violente.

ARSINOÉ

Soulever des sujets contre leur souverain,

Leur mettre à tous le fer et la flamme en la main,

TE V, SCENE VI

Jusque dans le palais pousser leur insolence, Vous appelez cela fort peu de violence ?

LAODICE

Nous nous entendons mal, madame; et je le voi, Ce que je dis pour vous, vous l'expliquez pour moi.

Je suis hors de souci pour ce qui me regarde ; Et je viens vous chercher pour vous prendre en ma Pour ne hasarder pas en vous la majesté [garde, Au manque de respect d'un grand peuple irrité. Faites venir le roi, rappelez votre Attale ; Que je conserve en eux la dignité royale; Ce peuple en sa fureur peut les connaître mal.

ARSINOÉ

Peut-on voir un orgueil à votre orgueil égal ! Vous, par qui seule ici tout ce désordre arrive; Vous, qui dans ce palais vous voyez ma captive; Vous, qui me répondrez au prix de votre sang De tout ce qu'un tel crime attente sur mon rang, Vous me parlez encor avec la même audace Que si j'avais besoin de vous demander grâce !

LAODICE

Vous obstiner, madame, à me parler ainsi, C'est ne vouloir pas voir que je commande ici, Que, quand il me plaira, vous serez ma victime. Et ne m'imputez point ce grand désordre à crime : Votre peuple est coupable, et dans tous vos sujets Ces cris séditieux sont autant de forfaits; [relies, Mais pour moi, qui suis reine, et qui dans nos que- Pour triompher de vous, vous ai fait ces rebelles, Par le droit de la guerre il fut toujours permis D'allumer la révolte entre ses ennemis : M'enlever mon époux, c'est vous faire la mienne.

ARSINOÉ

Je la suis donc, madame ; et quoi qu'il en advienne, Si ce peuple une fois enfonce le palais, C'est fait de votre vie, et je vous le promets.

LAODICE

Vous tiendrez mal parole, ou bientôt sur ma tombe Tout le sang de vos rois servira d'hécatombe. Mais avez-vous encor parmi votre maison Quelque autre Métrobate, ou quelque autre Zenon? N'appréhendez-vous point que tous vos domestiques Ne soient déjà gagnés par mes sourdes pratiques? En savez-vous quelqu'un si prêt à se trahir, Si las de voir le jour, que de vous obéir ?

Je ne veux point régner sur votre Bithynie : Ouvrez-moi seulement les chemins d'Arménie ; Et pour voir tout d'un coup vos malheurs terminés, Rendez-moi cet époux qu'en vain vous retenez.

ARSINOÉ

Sur le chemin de Rome il vous faut l'aller prendre ; Flaminius l'y mène, et pourra vous le rendre : Mais hâtez-vous, de grâce, et faites bien ramer, Car déjà sa galère a pris le large en mer.

LAODICE

Ah! si je le croyais !...

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