‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 47 sur 766 · LE0N0K · texte numérisé non relu

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Madame, après cela je n'ai rien à vous dire, Sinon que de vos maux avec vous je soupire : Je vous blâmais tantôt, je vous plains à présent : Mais puisque dans un mal si doux et si cuisant Votre vertu combat et son charme et sa force, En repousse l'assaut, en rejette l'amorce, Elle rendra le calme à vos esprits flottants. Espérez donc tout d'elle, et du secours du temps : Espérez tout du ciel ; il a trop de justice Pour laisser la vertu dans un si long supplice.

l'infante.

Ma plus douce espérance est de perdre l'espoir.

LE PAGE

Far \os commandements Chimène vous vient voir.

L'INFANTE, à Léonor.

Allez l'entretenir en cette galerie.

LÉON OR

Voulez-vous demeurer dedans la rêverie?

l'infante.

Non, je veux seulement, malgré mon déplaisir, Remettre mon visage un peu plus à loisir. Je vous suis.

L'INFANTE, seule.

Juste ciel, d'où j'attends mon remède, Mets enfin quelque borne au mal qui me possède, Assure mon repos, assure mon honneur.

Dans le bonheur d'autrui je cherche mon bonheur. Cet hyménée à trois également importe , Rends son effet plus prompt, ou mon âme plus forte. D'un lien conjugal joindre ces deux amants, C'est briser tous mes fers, et finir mes tourments. Mais je tarde un peu trop , allons trouver Chimène , Et par son entretien soulager notre peine.

LE COMTE, D. DIÈGTJE.

LE COMTE

Enfin vous l'emportez, et la faveur du roi Vous élève en un rang qui n'était dû qu'à moi ' ; Il vous fait gouverneur du prince de Castille.

D. DIEGUE

Cette marque d'honneur qu'il met dans ma famille Montre à tous qu'il est juste , et fait connaître assez Qu'il sait récompenser les services passés.

le comte. [sommes:

Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous Ils peuvent se tromper comme les autres hommes : Et ce choix sert de preuve à tous les courtisans Qu'ils savent mal payer les services présents.

D. DIÈGUE

Ne parlons plus d'un choix dontvotie esprit s'irrite; La faveur l'a pu faire autant que le mérite. Mais on doit ce respect au pouvoir absolu , De n'examiner lien quand un roi l'a voulu. A l'honneur qu'il m'a fait ajoutez-en un autre , Joignons d'un sacré nœud ma maison à la vôtre. Vous n'avez qu'une fille, et moi je n'ai qu'un fils : Leur hymennouspeut rendre àjamais plus qu'amis : Faites-nous cette grâce, et l'acceptez pour gendre.

LE COMTE

A des partis plus hauts ce beau fils doit prétendre ; Et le nouvel éclat de votre dignité Lui doit enfler le cœur d'une autre vanité. Exercez-la, monsieur, et gouvernez le prince ; Montrez-lui comme il faut régir une province , Faire trembler partout les peuples sous sa loi , Remplir les bons d'amour, et les méchants d'effroi ; Joignez à ces vertus celles d'un capitaine : Montrez-lui comme il faut s'endurcir à la peine , Dans le métier de Mars se rendre sans égal,

\. Aujourd'hui, quand les comédiens représentent cette pièce, ils commencent par cette scène \

* C'est J.-B; Rousseau qui fit ce changement, et qui supprima le rôle de l'infante.

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