‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 48 sur 766 · LE C1D, ACTE 1, SCENE V · texte numérisé non relu

LE C1D, ACTE 1, SCENE V

Passer les jours entiers et les nuits à cheval, Reposer tout armé, forcer une muraille, Et ne devoir qu'à soi le gain dîme bataille : Instruisez-le d'exemple, et rendez-le parfait, Expliquant à ses yeux vos leçons par l'effet.

D. DTÈGUE.

Pour s'instruire d'exemple, en dépit de l'envie, Il lira seulement l'histoire de ma vie. Là, dans un long tissu de belles actions , Il verra comme il faut dompter des nations, Attaquer une place, ordonner une armée, Et sur de grands exploits bâtir sa renommée.

LE COMTE

Les exemples vivants sont d'un autre pouvoir; Un prince dans un livre apprend mal son devoir. Et qu'a fait, après tout, ce grand nombre d'années , Que ne puisse égaler une de mes journées? Si vous fûtes vaillant, je le suis aujourd'hui ; Et ce bras du royaume est le plus ferme appui. Grenade et l'Aragon tremblent quand ce fer brille; Mon nom sert de rempart à toute la Castille : Sans moi, vous passeriez bientôt sous d'autres lois, Et vous auriez bientôt vos-ennemis pour rois. Chaquejour, chaque instant, pour rehausser magloi- Met lauriers sur lauriers, victoire sur victoire : [re, Le prince à mes côtés ferait dans les combats L'essai de son courage à l'ombre de mon bras ; Il apprendrait à vaincre en me regardant faire ; Et pour répondre en hâte à son grand caractère, Il verrait...

d. diègue.

Je vous ai vu combattre et commander sous moi : Quand l'âge dans mes nerfs a fait couler sa glace, Votre rare valeur a bien rempli ma place : Enfin, pour épargner les discours superflus, Vous êtes aujourd'hui ce qu'autrefois je fus. Vous voyez toutefois qu'en cette concurrence Un monarque entre nous met quelque différence.

LE COMTE

Ce que je méritais, vous l'avez emporté.

D. DIÈGUE

Oui Ta gagné sur vous l'avait mieux mérité.

LE COMTE

Qui peut mieux l'exercer en est bien le plus digne.

D. DIÈGUE

En être refusé n'en est pas un bon signe.

LE COMTE

Vous l'avez eu par brigue, étant vieux courtisan.

D. DIÈGUE

L'éclat de mes hauts faits fut mon seul partisan.

LE COMTE

Parlons-en mieux, le roi fait honneur à votre âge.

D. DIÈGUE

Le roi, quand il en fait, le mesure au courage.

Et par là cet honneur n'était dû qu'à mon bras.

D. DIEGUE

Qui n'a pu l'obtenir ne le méritait pas.

LE COMTE

Ne le méritait pas ! Moi?

D. DIÈGUE

Vous.

LE COMTE

Ton impudence, Téméraire vieillard, aura sa récompense. *

(Il lui donne un soufflet. ) D. DIEGUE , mettant l'épée à la main. Achève, et prends ma ^ ie après un tel affront, Le premier dont ma race ait vu rougir son front.

LE COMTE

Et que penses-tu faire avec tant de faiblesse ?

D. DIÈGUE

0 Dieu ! ma force usée en ce moment me laisse !

LE COMTE

Ton épée est à moi ; mais tu serais trop vain, Si ce honteux trophée avait chargé ma main.

Adieu. Fais lire au prince, en dépit de l'envie, Pour son instruction, l'histoire de ta vie ; D'un insolent discours ce juste châtiment Ne lui servira pas d'un petit ornement.

Page 1