‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 477 sur 766 · SERTORIUS. [VOUS · texte numérisé non relu

SERTORIUS. [VOUS

Du droit de commander je ne suis point jaloux; Je ne l'ai qu'en dépôt, et je vous l'abandonne, Non jusqu'à vous servir de ma seule personne ; Je prétends un peu plus : mais dans cette union De votre lieutenant m'envîriez-vous le nom ?

POMPÉE

De pareils lieutenants n'ont des chefs qu'en idée ;

Leur nom retient pour eux l'autorité cédée ;

Ils n'en quittent que l'ombre; et l'on ne sait que c'est

De suivre ou d'obéir que suivant qu'il leur plaît.

Je sais une autre voie, et plus noble et plus sûre.

Sylla, si vous voulez, quitte sa dictature ;

Et déjà de lui-même il s'en serait démis,

S'il voyait qu'en ces lieux il n'eût plus d'ennemis.

Mettez les armes bas, je réponds de l'issue,

T'en donne ma parole après l'avoir reçue.

Si vous êtes Romain, prenez l'occasion.

sertojbius.

Je ne m'éblouis point de cette illusion. Je connais le tyran, j'en vois le stratagème; Quoi qu'il semble promettre, il est toujours lui-mé- Vous qu'à sa défiance il a sacrifié [me.

Jusques à vous forcer d'être son allié...

POMPÉE

Hélas ! ce mot me tue, et, je le dis sans feinte, C'est l'unique sujet qu'il m'a donné de plainte. J'aimais mon Aristie^ il m'en vient d'arracher, Mon cœur frémit encore à me le reprocher : Vers tant de biens perdus sans cesse il me rappelle: Et je vous rends, seigneur, mille grâces pour elle, A vous, à ce grand cœur dont la compassion Daigne ici l'honorer de sa protection.

SERTORIUS

Protéger hautement les vertus malheureuses, C'est le moindre devoir des âmes généreuses : Aussi fais-je encor plus, je lui donne un époux.

POMPÉE

Un époux ! dieux ! qu'entends-je ! Et qui, seigneur ?

SERTORIUS

Moi.

POMPÉE

Vous?

Seigneur, toute son âme est à moi dès l'enfance : N'imitez point Sylla par cette violence; Mes maux sont assez grands, sans y joindre celui De voir tout ce que j'aime entre les bras d'autrui.

SERTORIUS

(à Aristie, qui entre.)

Tout est encore à vous. Venez, venez, madame, Faire voir quel pouvoir j'usurpe sur votre âme , Et montrer, s'il se peut, à tout le genre humain La force qu'on vous fait pour me donner la main ,

POMPÉE

C'est elle-même, ô ciel!

SERTORIUS

Je vous laisse avec elle, Et sais que tout son cœur vous est encor fidèle. Reprenez votre bien ; ou ne vous plaignez plus, Si j'ose m'enrichir, seigneur, de vos refus.

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