‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 481 sur 766 · SERTORIUS, PERPENNA, AUFIDE · texte numérisé non relu

SERTORIUS, PERPENNA, AUFIDE

PERPENNA, à Aufide.

Dieux ! qui peut faire ainsi disparaître la reine ?

AUFIDE, à Perpenna.

Lui-même a quelque chose en l'âme qui le gêne, Seigneur; et notre abord le rend tout interdit.

SERTORIUS

De Pompée en ces lieux savez-vous ce qu'on dit ? L'avez-vous mis fort loin au delà de la porte?

PERPENNA

Comme assez près des murs il avait son escorte, Je me suis dispensé de le mettre plus loin. Mais de votre secours, seigneur, j'ai grand besoin. Tout son visage montre une fierté si haute...

SERTORIUS

Nous n'avons rien conclu, mais ce n'est pas ma faute ; Et vous savez...

PERPENNA

Je sais qu'en de pareils débats...

SERTORIUS

Je n'ai point cru devoir mettre les armes bas ; Il n'est pas encor temps.

PERPENNA

Continuez, de grâce ; Il n'est pas encor temps que l'amitié se lasse.

SERTORIUS

Votre intérêt m'arrête autant comme le mien : Si je m'en trouvais mal, vous ne seriez pas bien.

PERPENNA

De vrai, sans votre appui je serais fort à plaindre ; Mais je ne vois pour vous aucun sujet de craindre.

SERTORIUS

Je serais le premier dont on serait jaloux; Mais ensuite le sort pourrait tomber sur vous. Le tyran après moi vous craint plus qu'aucun autre, Et ma tête abattue ébranlerait la vôtre. Nous ferons bien tous deux d'attendre plus d'un an .

PERPENNA

Que parlez-vous, seigneur, de tête et de tyran ?

SERTORIUS

Je parle de Sylla, vous le devez connaître.

PERPENNA

Et je parlais des feux que la reine a fait naître.

SERTORIUS

Nos esprits étaient donc également distraits; Tout le mien s'attachait aux périls de la paix ; Et je vous demandais quel bruit fait par la ville De Pompée et de moi l'entretien inutile. Vous le saurez, Aufide?

AUFIDE

A ne rien déguiser, Seigneur, ceux de sa suite en ont su mal user ;

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SERTORIUS, ACT

J'en crains parmi le peuple un insolent murmure :

Ils ont dit que Sylla quitte sa dictature,

Que vous seul refusez les douceurs de la paix,

Et voulez une guerre à ne finir jamais.

Déjà de nos soldats l'âme préoccupée

Montre un peu trop de joie a parler de Pompée,

Et si Terreur s'épand jusqu'en nos garnisons,

Elle y pourra semer de dangereux poisons.

SERTORIUS

Nous en romprons le coup avant qu'elle grossisse, Et ferons par nos soins avorter l'artifice. D'autres plus grands périls le ciel m'a garanti.

PERPENNA

Ne ferions-nous point mieux d'accepter le parti, Seigneur ? Trouvez- vous l'offre ou honteuse ou mal sertorius. [sure?

Sylla peut en effet quitter sa dictature ; Mais il peut faire aussi des consuls à son choix, De qui la pourpre esclave agira sous ses lois; Et, quandnous n'en craindrons aucunsordres sinis- Nous périrons par ceux de ses lâches ministres, [très, Croyez-moi, pour des gens comme vous deux et moi. Rien n'est si dangereux que trop de honne foi. Sylla par politique a pris cette mesure De montrer aux soldats l'impunité fort sûre ; Mais pour China, Carbon, le jeune Marius, 11 a voulu leur tête, et les a tous perdus, [donne, Pour moi, que tout mon camp sur ce bruit m'aban- Qu'il ne reste pour moi que ma seule personne, Je me perdrai plutôt dans quelque affreux climat, Qu'aller, tant qu'il vivra, briguer le consulat. Vous...

PERPENNA

Ce n'est pas, seigneur, ce qui me met en peine . Exclus du consulat par l'hymen d'une reine, Du moins si vos bontés m'obtiennent ce bonheur, Je n'attends plus de Rome aucun degré d'honneur ; Et, banni pour jamais dans la Lusitanie, J'y crois en sûreté les restes de ma vie.

SERTORIUS

Oui ; mais je ne vois pas encor de sûreté A ce que vous et moi nous avions concerté. Vous savez que la reine est d'une humeur si fière.. . Mais peut-être le temps la rendra moins altière. \dieu : dispensez-moi de parler là-dessus.

PERPENÎNA.

Parlez, seigneur : mes vœux sont-ils si mal reçus ? Est-ce en vain que je l'aime, en vain que je soupire?

SERTORIUS

Sa retraite a plus dit que je ne puis vous dire.

PERPENNA

Elle m'a dit beaucoup : mais, seigneur, achevez , Et ne me cachez point ce que vous en savez. .Ne m'auriez-vous rempli que d'un espoir frivole?

SERTORUS.

Non je vous l'ai cédée, et vous tiendrai parole.

Je l'aime, et vous la donne encor malgré mon feu ; Mais je crains que ce don n'ait jamais son aveu, Qu'il n'attire sur nous d'impitoyables haines. Que vous dirai-je enfin ? L'Espagne a d'autres reines; Et vous pourriez vous faire un destinbienplusdoux, Si vous faisiez pour moi ce que je fais pour vous. Celle des Vacéens, celle des Uergètes, Rendraient vos volontés bien plus tôt satisfaites : La reine avec chaleur saurait vous y servir.

Vous me l'avez promise, et me l'allez ravir !

SERTORIUS

Que sert que je promette et que je vous la donne, Quand son ambition l'attache à ma personne ? Vous savez les raisons de cet attachement, Je vous en ai tantôt parlé confidemment; Je vous en fais encor la même confidence. Faites à votre amour un peu de violence ; J'ai triomphé du mien ; j'y suis encor tout prêt : Mais, s'il faut du parti ménager l'intérêt, Faut-il pousser à bout une reine obstinée, Qui veut faire à son choix toute sa destinée, Et de qui le secours, depuis plus de dix ans, Nous a mieux soutenus que tous nos partisans ?

PERPENNA

La trouvez-vous, seigneur, en état de vous nuire ?

SERTORIUS

Non, elle ne peut pas tout à fait nous détruire ; Mais, si vous m'enchaînez à ce que j'ai promis, Dès demain elle traite avec nos ennemis, [mure ; Leur camp n'est que trop proche ; ici chacun mur- Jugez ce qu'il faut craindre en cette conjoncture. Voyez quel prompt remède on y peut apporter, Et quel fruit nous aurons de la violenter.

PERPENNA

C'est à moi de me vaincre, et la raison l'ordonne: Mais d'un si grand dessein tout mon cœur qui frissertorius. [sonne...

Ne vous contraignez point ; dût m'en coûter le jour, Je tiendrai ma promesse en dépit de l'amour.

Si vos promesses n'ont l'aveu de Viriate...

SERTORIUS

Je ne puis de sa part rien dire qui vous flatte.

PERPENNA

Je dois donc me contraindre, et j'y suis résolu. Oui, sur tous mes désirs je me rends absolu ; [tre ; J'en veux, à votre exemple, être aujourd'hui le maî- Et, malgré cet amour que j'ai laissé trop croître, \ous direz à la reine...

SERTORIUS

Eh bien! je lui dirai?

PERPENNA

Rien, seigneur, rien encor; demain j'y penserai. Toutefois la colère où s'emporte son âme Pourrait dès cette nuit commencer quelque trame.

SERTORIUS, AC

Vous lui direz, seigneur, tout ce que vous voudrez ; Et je suivrai l'avis que pour moi vous prendrez.

SERTORIUS

Je vous admire et plains.

PERPENNA

Que j'ai l'âme accablée!

SERTORIUS

.le partage les maux dont je la vois comblée. Adieu : j'entre un moment pour calmer son chagrin, Et me rendrai chez vous à l'heure du festin.

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