‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 483 sur 766 · ARISTIE, VIRIATE · texte numérisé non relu

ARISTIE, VIRIATE

ARTSTIE.

Oui, madame, j'en suis comme vous ennemie. Vous aimez les grandeurs, et je hais l'infamie, .le cherche à me venger, vous, à vous établir; Mais vous pourrez me perdre, et moi vous affaiblir Si le cœur mieux ouvert ne met d'intelligence Votre établissement avecque ma vengeance.

On m'a volé Pompée; et moi, pour le braver, Cet ingrat que sa foi n'ose me conserver, Je cherche un autre époux qui le passe, ou l'égale Mais je n'ai pas dessein d'être votre rivale,

Et n'ai point du prévoir, ni que vers un Romain Une reine jamais daignât pencher sa main, Ni qu'un héros, dont l'âme a paru si romaine, Démentît ce grand nom par l'hymen d'une reine. J'ai cru dans sa naissance et votre dignité Pareille aversion et contraire fierté.

Cependant on me dit qu'il consent l'hyménée, Et qu'en vain il s'oppose au choix de la journée, Puisque, si dès demain il n'a tout son éclat, Vous allez du parti séparer votre état.

Comme je n'ai pour but que d'en grossir les fo: ers, J'aurais grand déplaisir d'y causer des divorces, Et de servir Sylla mieux que tous ses amis, Quand je lui veux partout faire des ennemis. Parlez donc : quelque espoir que vous m'ayez vu Si vous y prétendez, je cesse d'y prétendre, [prendre, Un reste d'autre espoir, et plus juste, et plus doux, Saura voir sans chagrin Sertorius à vous. Mon cœur veut à toute heure immoler à Pompée Tous les ressentiments de ma place usurpée; Et, comme son amour eut peine à me trahir, .l'ai voulu me venger, et n'ai pu le haïr. Ne me déguisez rien, non plus que je déguise.

VIRIATE

Viriate à son tour vous doit même franchise, Madame; et d'ailleurs même on vous en a trop dit, Pour vous dissimuler ce que j'ai dans l'esprit.

J'ai fait venir exprès Sertorius d'Afrique Pour sauver mes états d'un pouvoir tyrannique ; Et mes voisins domptés m'apprenaient que sans lui Nos rois contre Sylla n'étaient qu'un vain appui. Avec un seul vaisseau ce grand héros prit terre ; Avec mes sujets seuls il commença la guerre : Je mis entre ses mains mes places et mes ports, Et je lui confiai mon sceptre et mes trésors. Dès l'abord il sut vaincre, et j'ai vu la victoire Enfler de jour en jour sa puissance et sa gloire. Nos. rois lassés du joug, et vos persécutés, Avec tant de chaleur l'ont joint de tous côtés, Qu'enfin il a poussé nos armes fortunées Jusques à vous réduire au pied des Pyrénées. Mais, après l'avoir mis au point où je le voi, Je ne puis voir que lui qui soit digne de moi; Et, regardant sa gloire ainsi que mon ouvrage, Je périrai plutôt qu'une autre la partage. Mes sujets valent bien que j'aime à leur donner Des monarques d'un sang qui sache gouverner, Qui sache faire tête à vos tyrans du monde, Et rendre notre Espagne en lauriers si féconde, Qu'on voie un jour le Pô redouter ses efforts, Et le Tibre lui-même en trembler pour ses bords.

ARISTIE

Votre dessein est grand; mais à quoi qu'il aspire...

VIRIATE

11 m'a dit les raisons que vous me voulez dire. Je sais qu'il serait bon de taire et différer

:)\\ SERTORIUS, ACt

Ce glorieux hymen qu'il me fait espérer : [homme Mais la paix qu'aujourd'hui l'on offre à ce grand Ouvre trop les chemins et les portes de Rome. Je vois que, s'il y rentre, il est perdu pour moi, Et je l'en veux bannir par le don de ma foi. Si je hasarde trop de m'être déclarée, .l'aime mieux ce péril que ma perte assurée; Et, si tous vos proscrits osent s'en désunir, Nos bons destins sans eux pourront nous soutenir. .Mes peuples aguerris sous votre discipline \ 'auront jamais au cœur de Rome qui domine; Et ce sont des Romains dont l'unique souci Est de combattre, vaincre, et triompher ici. Tant qu'ils verront marcher ce héros à leur tête, Ils iront sans frayeur de conquête en conquête. Un exemple si grand dignement soutenu Saura... Mais que nous veut ce Romain inconnu?

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