ARISTIE, VIRIATE, ARCAS
ARISTIE
Madame, c'est Arcas, l'affranchi de mon frère; Sa venue en ces lieux cache quelque mystère. Parle, Arcas, et dis-nous...
ARCAS
Ces lettres mieux que moi Vous diront un succès qu'à peine encor je croi.
ARISTIE lit.
« Chère sœur, pour ta j oi e il est temps que tu saches « Que nos maux et les tiens vont finir en effet. « Sylla marche en public sans faisceaux et sans ha- « Prêt à rendre raison de tout ce qu'il a fait, [ches,
« Il s'est en plein sénat démis de sa puissance ; « Et si vers toi Pompée a le moindre penchant, «Le ciel vient de briser sa nouvelle alliance, < Et la triste Emilie est morte en accouchant.
« Sylla même consent, pour calmer tant de haines, «Qu'un feu qui fut si beau rentre en sa dignité, « Et que l'hymen te rende à tes premières chaînes, « En même temps qu'à Rome il rend sa liberté. «Quintus. Aristius. »
Le ciel s'est donc lassé de m'être impitoyable! Ce bonheur, comme à toi, me paraît incroyable. Cours au camp de Pompée, et dis-lui, cher Arcas...
ARCAS
Il a cette nouvelle, et revient sur ses pas. De la part de Sylla chargé de lui remettre Sur ce grand changement une pareille lettre, V deux milles d'ici j'ai su le rencontrer.
ARISTIE
Quel amour, quelle joie a-t-il daigné montrer? Que dit-il? que fait-il?
ARCAS
Par votre expérience
E V, SCENE ï 1 1 .
Vous pouvez bien juger de son impatience ; Mais, rappelé vers vous par un transport d'amour Qui ne lui permet pas d'achever son retour, L'ordre que pour son camp ce grand effet demande L'arrête à le donner, attendant qu'il s'y rende. Il me suivra de près, et m'a fait avancer Pour vous dire un miracle où vous n'osiez penser.
ARISTIE
Vous avez lieu d'en prendre une allégresse égale , Madame; vous voilà sans crainte et sans rivale.
VIRIATE
Je n'en ai plus en vous, et je n'en puis douter ; Mais il m'en reste une autre, et plus à redouter, Rome, que ce héros aime plus que lui-même, Et qu'il préférerait sans doute au diadème, Si contre cet amour. . .