‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 498 sur 766 · OTHON, ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

OTHON, ACTE II, SCENE I

Pour épargner vos maux j'augmente mon supplice; Je souffre, et c'est pour vous que j'ose m'imposer La gêne de souffrir, et de le déguiser. Tout ce que vous sentez, je le sens dans mon âme ; J'ai même déplaisir comme j'ai même flamme; J'ai même désespoir : mais je sais les cacher, Et paraître insensible afin de moins toucher. Faites à vos désirs pareille violence, Retenez-en l'éclat, sauvez-en l'apparence; Au péril qui nous presse immolez le dehors, Et pourvous faire aimer montrez d'autrestransports. Je ne vous défends point une douleur muette , Pourvu que votre front n'en soit point l'interprète, Et que de votre cœur vos yeux indépendants Triomphent comme moi des troubles du dedans. Suivez, passez l'exemple, et portez à Camille Un visage content, un visage tranquille, Qui lui laisse accepter ce que vous offrirez, Et ne démente rien de ce que vous direz.

OTHON

Hélas ! madame, hélas ! que pourrai-je lui dire ?

PLAUTINE.

Il y va de ma vie, il y va de l'empire ; Pœglez-vous là-dessus. Le temps se perd, seigneur. Adieu : donnez la main, mais gardez-moi le cœur; Ou, si c'est trop pour moi, donnez et l'un et l'autre, Emportez mon amour, et retirez le vôtre : Mais, dans ce triste état si je vous fais pitié, Conservez-moi toujours l'estime et l'amitié ; Et n'oubliez jamais, quand vous serez le maître, Que c'est moi qui vous force et qui vous aide à l'ê-

OTHON, seul. [tre.

Que ne m'est-il permis d'éviter par ma mort Les barbares rigueurs d'un si cruel effort !

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