‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 499 sur 766 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

PLAUTINE, FLAVIE.

PLAUTINE,

Dis-moi donc, lorsque Othon s'est offert à Camille, A-t-il paru contraint ? a-t-elle été facile ? Son hommage auprès d'elle a-t-il eu plein effet ? Comment l'a-t-elle pris, et comment l'a-t-il fait?

FLAVIE

J'ai tout vu : mais enfin votre humeur curieuse A vous faire un supplice est trop ingénieuse. Quelque reste d'amour qui vous parle d'Othon, Madame, oubliez-en, s'il se peut, jusqu'au nom. Vous vous êtes vaincue en faveur de sa gloire,

Goûtez un plein triomphe après votre victoire : Le dangereux récit que vous me commandez Est un nouveau combat où vous vous hasardez. Votre âme n'en est pas encor si détachée Qu'il puisse aimer ailleurs sans qu'elle en soit tou- Prenez moins d'intérêt à l'y voir réussir, [chée. Et fuyez le chagrin de vous en éclaircir.

PLAUTINE.

Je le force moi-même à se montrer volage ; Et, regardant?son change ainsi que mon ouvrage, J'y prends un intérêt qui n'a rien de jaloux : Qu'on l'accepte, qu'il règne, et tout m'en sera doux .

FLAVIE

J'en doute; et rarement une flamme si forte Souffre qu'à notre gré ses ardeurs...

PLAUTINE.

Que t'importe?

Laisse-m'en le hasard ; et, sans dissimuler, Dis de quelle manière il a su lui parler.

FLAVIE

N'imputez donc qu'à vous si votre âme inquiète En ressent malgré moi quelque gêne secrète. Othon à la princesse a fait un compliment, Plus en homme de cour qu'en véritable amant. Son éloquence accorte, enchaînant avec grâce L'excuse du silence à celle de l'audace, En termes trop choisis accusait le respect D'avoir tant retardé cet hommage suspect. Ses gestes concertés, ses regards de mesure N'y laissaient aucun mot aller à l'aventure : On ne voyait que pompe en tout ce qu'il peignait ; Jusque dans ses soupirs la justesse régnait, Et suivait pas à pas un effort de mémoire Qu'il était plus aisé d'admirer que de croire. Camille semblait même assez de cet avis ; Elle aurait mieux goûté des discours moins suivis , Je l'ai vu dans ses yeux : mais cette défiance Avait avec son cœur trop peu d'intelligence. De ses justes soupçons ses souhaits indignés Les ont tout aussitôt détruits ou dédaignés ; Elle a voulu tout croire ; et quelque retenue Qu'ait su garder l'amour dont elle est prévenue, On a vu, par ce peu qu'il laissait échapper, Qu'elle prenait plaisir à se laisser tromper ; Et que si quelquefois l'horreur de la contrainte Forçait le triste Othon à soupirer sans feinte, Soudain l'avidité de régner sur son cœur Imputait à l'amour ces soupirs de douleur.

PLAUTINE.

Et sa réponse enfin ?

FLAVIE

Elle a paru civile ; Mais la civilité n'est qu'amour en Camille, Comme en Othon l'amour n'est que civilité.

PLAUTINE.

I Et n'a-t-elle rien dit de sa légèreté,

35i OÏHON, ACTE

Rien de la foi qu'il semble avoir si mal gardée?

FLAYIE.

Elle a su rejeter cette fâcheuse idée,

Et u'a pas témoigné qu'elle sût seulement

Qu'on l'eût vu pour vos yeux soupirer un moment.

PLAUTINE.

Mais qu'a-t-elle promis ?

FLAYIE.

Que son devoir fidèle Suivrait ce que Galba voudrait ordonner d'elle ; Et, de peur d'en trop dire et d'ouvrir trop son cœur, Elle l'a renvoyé soudain vers l'empereur. Il lui parle à présent. Qu'en dites-vous, madame, Et de cet entretien que souhaite votre âme ? Voulez-vous qu'on l'accepte , ou qu'il n'obtienne plautine. [rien?

Moi-même, à dire vrai, je ne le sais pas bien. Comme des deux côtés le coup me sera rude, J'aimerais à jouir de cette inquiétude, Et tiendrais à bonheur le reste de mes jours De n'en sortir jamais, et de douter toujours.

FLAYIE.

Mais il faut se résoudre, et vouloir quelque chose.

PLAUTINE.

Souffre sans m'alarmer que le ciel en dispose : Quand son ordre une fois en aura résolu, Il nous faudra vouloir ce qu'il aura voulu. Ma raison cependant cède Othon à l'empire : Il est de mon honneur de ne m'en pas dédire ; Et, soit ce grand souhait volontaire ou forcé, Il est beau d'achever comme on a commencé. Mais je vois Martian.

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