‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 508 sur 766 · OTHON, ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

OTHON, ACTE III, SCENE III

CAMILLE

Hélas! que cet amour croit tôt ce qu'il souhaite! En vain la raison parle, en vain elle inquiète, En vain la défiance ose ce qu'elle peut ; Il veut croire, et ne croit que parce qu'il le veut. Pour Plautine ou pour moi je vois du stratagème, Et m'obstine avec joie à m'aveugler moi-même. Je plains cette abusée, et c'est moi qui la suis Peut-être, et qui me livre à d'éternels ennuis; Peut-être , eh ce moment qu'il m'est doux de te croire, De ses vœux à Plautine il assure la gloire : Peut-être...

CAMILLE, ALBIN, ALBIANE.

ALBIN

L'empereur vient ici vous trouver Pour vous dire son choix, et le faire approuver. S'il vous déplaît, madame, il faut de la constance : 11 faut une fidèle et noble résistance; 11 faut...

De mon devoir je saurai prendre soin.

Allez chercher Othon pour en être témoin.

GALBA, CAMILLE, ALBIANE.

GALBA

Quand la mort de mes fils désola ma famille, Ma nièce, mon amour vous prit dès lors pour fille ; Et regardant en vous les restes de mon sang, Je flattai ma douleur en vous donnant leur rang. Rome, qui m'a depuis chargé de son empire, Quand sous le poids de l'âge à peine je respire, A vu ce même amour me le faire accepter, Moins pour me seoir si haut, que pour vous y porter, INon que si jusque-là Rome pouvait renaître, Qu'elle fût en état de se passer de maître, Je ne me crusse digne, en cet heureux moment, De commencer par moi son rétablissement : Mais cet empire immense est trop vaste pour elle : A moins que d'une tête un si grand corps chancelle ; Et pour le nom des rois son invincible horreur S'est d'ailleurs si bien faite aux lois d'un empereur, Qu'elle ne peut souffrir, après cette habitude, Ni pleine liberté, ni pleine servitude.

Elle veut donc un maître, et Néron condamné Fait voir ce qu'elle veut en un front couronné. Vindex, Rufus, ni moi, n'avons causé sa perte ; Ses crimes seuls l'ont faite; et le ciel l'a soufferte, Pour marque aux souverains qu'ils doivent par l'effet Répondre dignement au grand choix qu'il en fait.

Jusques à ce grand coup, un honteux esclavage D'une seule maison nous faisait l'héritage. R.ome n'en a repris, au lieu de liberté, Qu'un droit de mettre ailleurs la souveraineté ; Et laisser après moi dans le trône un grand homme, C'esttout ce qu'aujourd'hui je puis faire pour Rome . Prendre un si noble soin, c'est en prendre de vous. Ce maître qu'il lui faut vous est dû pour époux ; Et mon zèle s'unit à l'amour paternelle Pour vous en donner un digne de vous et d'elle. Jule et le grand Auguste ont choisi dans leur sang, Ou dans leur alliance à qui laisser ce rang. Moi, sans considérer aucun nœud domestique, J'ai fait ce choix comme eux, mais dans la républi- Je l'ai faitdePison; c'est le sangdeCrassus, [que : C'est celui de Pompée, il en a les vertus, Et ces fameux héros dont il suivra la trace Joindront de si grands noms aux grands noms de ma Qu'il n'est point d'hyménée en qui l'égalité [race, Puisse élever l'empire à plus de dignité.

CAMILLE

J'ai tâché de répondre à cet amour de père Par un tendre respect qui chérit et révère, Seigneur ; et je vois mieux encor par ce grand choix, Et combien vous m'aimez, et combien je vous dois. Je sais ce qu'est Pison et quelle est sa noblesse ; Mais, si j'ose à vos yeux montrer quelque faiblesse, Quelque digne qu'il soit et de Rome et de moi, Je tremble à lui promettre et mon cœur et ma foi ; Et j'avoûrai, seigneur, que pour mon hyménée Je crois tenir un peu de R.ome où je suis née. Je ne demande point la pleine liberté, Puisqu'elle en a mis bas l'intrépide fierté; Mais si vous m'imposez la pleine servitude, J'y trouverai, commeelle, un jougunpeubien rude. Je suis trop ignorante en matière d'état Pour savoir quel doit être un si grand potentat ; Mais Rome dans ses mursn'a-t-elle qu'un seul hon:- N'a-t-elle que Pison qui soit digne de Pxome? [me, Et dans tous ses états n'en saurait-on voir deux Que puissent vos bontés hasarder à mes vœux ?

Néron fit aux vertus une cruelle guerre, S'il en a dépeuplé les trois parts de la terre, Et si, pour nous donner de dignes empereurs, Pison seul avec vous échappe à ses fureurs. Il est d'autres héros dans un si vaste empire ; 11 en est qu'après vous on se plairait d'élire, Et qui sauraient mêler, sans vous faire rougir, L'art de gagner les cœurs au grand art de régir. D'une vertu sauvage on craint un dur empire, Souvent on s'en dégoûte au moment qu'on l'admire ; Et, puisque ce grand choix me doit faire un époux, Il serait bon qu'il eût quelque chose de doux ; Qu'on vît en sa personne également paraître Les grâces d'un amant, et les hauteurs d'un maître, Et qu'il fût aussi propre à donner de l'amour

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