OTHON, ACTE III, SCÈNE IV
Qu'à faire ici trembler sous lui toute sa cour, [ques Souvent un peu d'amour dans les cœurs des monar- Accompagneassezbienleurs plus illustres marques. Ce n'est pas qu'après tout je pense à résister; .J'aime à vous obéir, seigneur, sans contester. Pour prix d'un sacrifice où mon cœur se dispose, Permettez qu'un époux me doive quelque chose. Dans cette servitude où se plaît mon désir, C'est quelque liberté qu'un ou deux à choisir. Votre Pison peut-être aura de quoi me plaire Quand il ne sera plus un mari nécessaire -, Et son amour pour moi sera plus assuré, S'il voit à quels rivaux je l'aurai préféré.
GALBA
Ce long raisonnement dans sa délicatesse
A vos tendres respects mêle beaucoup d'adresse.
Si le refus n'est juste, il est doux et civil.
Parlez donc, et sans feinte, Othon vous plairait-il ?
On me Fa proposé, qu'y trouvez-vous à dire?
CAMILLE
L'avez-vous cru d'abord indigne de l'empire, Seigneur ?
GALBA
Non : mais depuis, consultant ma raison, J'ai trouvé qu'il fallait lui préférer Pison. Sa vertu plus solide et toute inébranlable Nous fera, comme Auguste, un siècle incomparable, Où l'autre, par Néron dans le vice abîmé, Ramènera ce luxe où sa main l'a formé, Et tous les attentats de l'infâme licence Dont il osa souiller la suprême puissance.
CAMILLE
Othon près d'un tel maître a su se ménager,
Jusqu'à ce que le temps ait pu l'en dégager.
Oui sait faire sa cour se fait aux mœurs du prince ;
VTais il fut tout à soi quand il fut en province;
Et sa haute vertu par d'illustres effets
Y dissipa soudain ces vices contrefaits.
Chaque jour a sous vous grossi sa renommée ;
Mais Pison n'eut jamais de charge ni d'armée;
Et comme il a vécu jusqu'ici sans emploi,
On ne sait ce qu'il vaut que sur sa bonne foi.
Je veux croire, en faveur des héros de sa race,
Qu'il en a les vertus, qu'il en suivra la trace,
Qu'il en égalera les plus illustres noms ;
Mais j'en croirais bien mieux de grandes actions.
Si dans un long exil il a paru sans vice,
La vertu des bannis souvent n'est qu'artifice.
Sans vous avoir servi vous l'avez ramené :
Mais l'autre est le premier qui vous ait couronné ;
Dès qu'il vit deux partis, il se rangea du vôtre :
Ainsi l'un vous doit tout, et vous devez à l'autre.
GALBA
Vous prendrez donc le soin de m'acquitter vers lui ; Et comme pour l'empire il faut un autre appui, Vous croirez que Pison est plus digne de Rome ;
Pour ne plus en douter suffit que je le nomme.
CAMILLE
Pour Rome et son empire, après vous je le croi ; Mais je doute si l'autre est moins digne de moi.
GALBA
Doutez-en ; un tel doute est bien digne d'une âme Qui voudrait de Néron revoir le siècle infâme, Et qui voyant qu'Othon lui ressemble le mieux...
CAMILLE
Choisissez de vous-même, et je ferme les yeux. Que vos seules bontés de tout mon sort ordonnent : Je me donne en aveugle à qui qu'elles me donnent. Mais quand vous consultez Lacus et Martian, Un époux de leur main me paraît un tyran ; Et, si j'ose tout dire en cette conjoncture, Je regarde Pison comme leur créature, Qui, régnant par leur ordre et leur prêtant sa voix, Me forcera moi-même à recevoir leurs lois. Je ne veux point d'un trône où je sois leur captive, Où leur pouvoir m'enchaîne, et, quoi qu'il en arrive, J'aime mieux un mari qui sache être empereur, Qu'un mari qui le soit et souffre un gouverneur.
GALBA
Ce n'est pas mon dessein de contraindre les âmes. N'en parlons plus : dans R.ome il sera d'autres fem- A qui Pison en vain n'offrira pas sa foi. [mes Votre main est à vous, mais l'empire est à moi.