‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 514 sur 766 · VIN1US, OTHON, PLAUTINE · texte numérisé non relu

VIN1US, OTHON, PLAUTINE

OTHON

Ah! seigneur, empêchez que Plautine...

YINIUS.

Seigneur, Vous empêcherez tout si vous avez du cœur. Malgré de nos destins la rigueur importune, Le ciel met en vos mains toute notre fortune.

PLAUTINE.

Seigneur, que dites-vous ?

VINIUS.

Ce que je viens de voir, Que pour être empereur il n'a qu'à le vouloir.

Ah! seigneur, plus d'empire, à moins qu'avec Plauvinius. [tine.

Saisissez-vous d'un trône où le ciel vous destine ; Et pour choisir vous-même avec qui le remplir, A vos heureux destins aidez à s'accomplir.

L'armée a vu Pison, mais avec un murmure Qui semblait mal goûter ce qu'on vous fait d'injure. Galba ne l'a produit qu'avec sévérité, Sans faire aucun espoir de libéralité.

Il pouvait, sous l'appât d'une feinte promesse, Jeter dans les soldats un moment d'allégresse ; Mais il a mieux aimé hautement protester Qu'il savait les choisir, et non les acheter. Ces hautes duretés, à contre-temps poussées, Ont rappelé l'horreur des cruautés passées, Lorsque d'Espagne à Rome il sema son chemin De Romains immolés à son nouveau destin, Et qu'ayant de leur sang souillé chaque contrée, Par un nouveau carnage il y fit son entrée. Aussi, durant le temps qu'a harangué Pison, Ils ont de rang en rang fait courir votre nom.

36i OTHON, ACTE

Quatre des plus zélés sont venus me le dire, Et m'ont promis pour vous les troupes et l'empire. Courez donc à la place, où vous les trouverez ; Suivez-les dans leur camp, et vous en assurez : Un temps bien pris peut tout.

OTHON

Si cet astre contraire Qui m'a...

VINIUS,

Sans discourir, faites ce qu'il faut faire ; Un moment de séjour peut tout déconcerter, Et le moindre soupçon vous va faire arrêter.

OTHON

Avant que de partir souffrez que je proteste...

VINIUS.

Partez ; en empereur vous nous direz le reste.

VIMUS, PLAUTINE.

VINIUS.

Ce n'est pas tout, ma fille, un bonheur plus certain, Quoi qu'il puisse arriver, met l'empire en ta main.

PLAUTINE.

Flatteriez-vous Othon d'une vaine chimère ?

VINIUS.

INon ; tout ce que j'ai dit n'est qu'un rapport sincère. Je crois te voir régner avec ce cher Othon : Mais n'espère pas moins du côté de Pison; Galba te donne à lui. Piqué contre Camille, Dont l'amour a rendu son projet inutile, Il veut que cet hymen, punissant ses refus, Réunisse avec moi Martian et Lacus, Et trompe heureusement les présages sinistres De la division qu'il voit en ses ministres. Ainsi des deux côtés on combattra pour toi. Le plus heureux des chefs t'apportera sa foi. Sans part à ses périls tu l'auras à sa gloire, Et verras à tes pieds l'une ou l'autre victoire.

PLAUTINE.

Quoi ! mon cœur, par vous-même à ce héros donné, Pourrait ne l'aimer plus s'il n'est point couronné; Et s'il faut qu'à Pison son mauvais sort nous livre, Pour ce même Pison je pourrais vouloir vivre?

VINIUS.

Si nos communs souhaits ont un contraire effet, Tu te peux faire encor l'effort que tu t'es fait ; Et qui vient de donner Othon au diadème, Pour régner à son tour, peut se donner soi-même.

PLAUTINE.

Si pour le couronner j'ai fait un noble effort, Dois-je en faire un honteux pour jouir de sa mort ? Je me privais de lui sans me vendre à personne. Et vous voulez, seigneur, que son trépas me donne,

ÏV, SCENE IV.

Que mon cœur, entraîné parla splendeur du rang, Vole après une main fumante de son sang, Et que de ses malheurs triomphante et ravie Je sois l'infâme prix d'avoir tranché sa vie! Non, seigneur : nous aurons même sortaujourd'hui ; Vous me verrez régner ou périr avec lui ; Ce n'est qu'à l'un des deux que tout ce cœur aspii e.

VINIUS.

Que tu vois mal encor ce que c'est que l'empire! Si deux jours seulement tu pouvais l'essayer, Tune croirais jamais le pouvoir trop payer; Et tu verrais périr mille amants avec joie, S'il fallait tout leur sang pour t'y faire une voie. Aime Othon, si tu peux t'en faire un sûr appui ; Mais, s'il en est besoin, aime-toi plus que lui ; Et sans t'inquiéter où fondra la tempête, Laisse aux dieux à leur choix écraser une tête. Prends le sceptre aux dépens de qui succombera, Et règne sans scrupule avec qui régnera.

PLAUTINE.

Que votre politique a d'étranges maximes! Mon amour, s'il l'osait, y trouverait des crimes. Je sais aimer, seigneur, je sais garder ma foi, Je sais pour un amant faire ce que je doi, Je sais à son bonheur m'offrir en sacrifice, Et je saurai mourir si je vois qu'il périsse : Mais je ne sais point l'art de forcer ma douleur A pouvoir recueillir les fruits de son malheur.

VINIUS.

Tiens pourtant l'âme prête à le mettre en usage; Change de sentiments, ou du moins de langage; Et, pour mettre d'accord ta fortune et ton cœur, Souhaite pour l'amant, et te garde au vainqueur. Adieu : je vois entrer la princesse Camille. Quelque trouble où tu sois, montre une âme tranquil- Profite de sa faute, et tiens l'œil mieux ouvert [le, Au vif et doux éclat du trône qu'elle perd.

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