SCÈNE PREMIÈRE
OTHON, PLAUTINE.
PLAUTINE:
Que voulez-vous, seigneur, qu'enfin je vous conseil- Je sens un trouble égal d'une douleur pareille; [le ? Et mon cœur tout à vous n'est pas assez à soi Pour trouver un remède aux maux que je prévoi. Je ne sais que pleurer, je ne sais que vous plaindre. Le seul choix de Pison nous donne tout à craindre. Mon père vous a dit qu'il ne laisse à tous trois Que l'espoir de mourir ensemble à notre choix ; Et nous craignons de plus une amante irritée D'une offre en moins d'un jour reçue et rétractée, D'un hommage où la suite a st.peu répondu, Et d'un trône qu'en vain pour vous elle a perdu. Pour vous avec ce trône elle était adorable, Pour vous elle y renonce, et n'a plus rien d'aimable. Où ne portera point un si juste courroux La honte de se voir sans l'empire et sans vous? Honte d'autant plus grande, et d'autant plus sensible, Qu'elle s'y promettait un retour infaillible, Et que sa main par vous croyait tôt regagner Ce que son cœur pour vous paraissait dédaigner !
OTHON
Je n'ai donc qu'à mourir. Je l'ai voulu , madame, Quandjel'aipu sans crime, en faveur de ma flamme; Et je le dois vouloir, quand votre arrêt cruel Pour mourir justement m'a rendu criminel. Vous m'avez commandé de m'offrir à Camille: Grâces à nos malheurs ce crime est inutile. Je mourrai tout à vous; et si pour obéir J'ai paru mal aimer, j'ai semblé vous trahir, Ma main, par ce même ordre à vos yeux enhardie, Lavera dans mon sang ma fausse perfidie. N'enviez pas, madame, à mon sort inhumain La gloire de finir du moins en vrai Romain, Après qu'il vous a plu de me rendre incapable Des douceurs de mourir en amant véritable.
PLAUTIISE.
Bien loin d'en condamner la noble passion, J'y veux borner ma joie et mon ambition. Pour de moindres malheurs on renonce à la vie. Soyez sûr de ma part de l'exemple d'Arrie; J'ai la main aussi ferme et le cœur aussi grand, Et quand il le faudra, je sais comme on s'y prend. Si vous daigniez , seigneur, jusque-là vous contraindre, Peut-être espérerais-je en voyant tout à craindre.
OTHON, ACTE
Camille est irritée et se peut apaiser.
Me condamneriez-vous, madame, à l'épouser?
PLAUTINE.
Que n'y puis-je moi-même opposer ma défense ! Mais si vos jours enfin n'ont point d'autre assurance, S'il n'est point d'autre asile. . .
OTHON
Ah ! courons à la mort ; Ou, si pour l'éviter il nous faut faire effort, Subissons de Lacus toute la tyrannie, Avant que me soumettre à cette ignominie. J'en saurai préférer les plus barbares coups A l'affront de me voir sans l'empire et sans vous , Aux hontes d'un hymen qui me rendrait infâme, Puisqu'on fait pour Camille un crime de sa flamme, Et qu'on lui vole un trône en haine d'une foi Qu'a voulu son amour ne promettre qu'à moi. [mes; Non que pour moi sans vous ce trône eût aucuns char- Pour vous je le cherchais, mais non pas sans alarmes: Et si tantôt Galba ne m'eût point dédaigné, J'aurais porté le sceptre, et vous auriez régné; Vos seules volontés, mes dignes souveraines, D'un empire si vaste auraient tenu les rênes. Vos lois...
PLAUTINE.
C'est donc à moi de vous faire empereur. Je l'ai pu : les moyens d'abord m'ont fait horreur ; Mais je saurai la vaincre, et, me donnant moi-même, Vous assurer ensemble et vie et diadème, Et réparer par là le crime d'un orgueil Qui vous dérobe un trône, et vous ouvre un cercueil . De Martian pour vous j'aurais eu le suffrage, Si j'avais pu souffrir son insolent hommage. Son amour...
Martian se connaîtrait si peu Que d'oser...
PLAUTINE.
Il n'a pas encore éteint son feu ; Et du choix de Pison quelles que soient les causes, Je n'ai qu'à dire un mot pour brouiller bien des othon. [choses.
Vous vous ravaleriez jusques à l'écouter?
PLAUTINE.
Pour vous j'irai, seigneur, jusques à l'accepter.
OTHON
Consultez votre gloire, elle saura vous dire...
PLAUTINE.
Qu'il est de mon devoir de vous rendre l'empire.
OTHON
Qu'un front encor marqué des fers qu'il a portés...
PLAUTINE.
A droit de me charmer, s'il fait vos sûretés.
OTHON
En concevez-vous bien toute l'ignominie ?
IV, SCÈÎSË il.
PLAUTIINE.
Je n'en puis voir, seigneur, à vous sauver la vie.
OTHON
L'épouser à ma vue ! et pour comble d'ennui...
PLAUTINE.
Donnez-vous à Camille, ou je me donne à lui.
othon .
Périssons, périssons, madame, l'un pour l'autre, Avec toute ma gloire, avec toute la vôtre, [loux, Pour nous faire un trépas dont les dieux soient ja- Rendez-vous toute à moi, comme moi tout à vous; Ou si , pour conserver en vous tout ce que j'aime. Mon malheur vous obstine à vous donner vous mê- Du moins de votre gloire ayez un soin égal, [me, Et ne me préférez qu'un illustre rival. J'en mourrai de douleur; mais je mourrais de rage, Si vous me préfériez un reste d'esclavage.