‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 516 sur 766 · OTHON, ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

OTHON, ACTE IV, SCÈNE V

PLAUTIKE.

Et si j'aimais, madame, ou Pisoii ou l'empire, J'aurais quelque raison de ne m'eu pas dédire, [mien Mais votre exemple apprend aux cœurs comme le Qu'un généreux mépris quelquefois leur sied bien.

CAMILLE

Quoi ! l'empire et Pison n'ont rien pour vous d'aiplautine. [niable?

Ce que vous dédaignez je le tiens méprisable ; Ce qui plait à vos yeux aux miens semble aussi doux : Tant je trouve de gloire à me régler sur vous!

CAMILLE

Donc si j'aimais Othon...

PLAUTINE.

Je l'aimerais de même, Si ma main avec moi donnait le diadème.

CAMILLE

Ne peut-on sans le trône être digne de lui ?

PLAUTINE.

Je m'en rapporte à vous qu'il aime d'aujourd'hui.

CAMILLE

Vous pouvez mieux qu'une autre en dire des nouvel- Et comme vos ardeurs ont été mutuelles, [les; Votre exemple ne laisse à personne à douter Qu'à moins de la couronne on peut le mériter.

PLAUTINE.

Mon exemple ne laisse à douter à personne

Qu'il pourra vous quitter à moins de la couronne.

CAMILLE

11 a trouvé sans elle à vos yeux tant d'appas...

PLAUTINE.

Toutes les passions ne se ressemblent pas.

CAMILLE

En effet, vous avez un mérite si rare...

PLAUTINE.

Mérite à part, l'amour est quelquefois bizarre; Selon l'objet divers le goût est différent : Aux unes on se donne, aux autres on se vend.

CAMILLE

Qui connaissait Othon pouvait à la pareille M'en donner en amie un avis à l'oreille,

PLAUTINE.

Et qui l'estime assez pour l'élever si haut

Peut, quand il lui plaira, m'apprendre ce qu'il vaut ;

Afin que si mes feux ont ordre de renaître...

CAMILLE

J'en ai fait quelque estime avant que. ie connaître, Et vous l'ai renvoyé dès que je l'ai connu.

PLAUTINE.

Qui vient de votre part est toujours bien venu. J'accepte le présent, et crois pouvoir sans honte, L'ayant de votre main, en tenir quelque compte.

CAMILLE

Pour vous rendre son âme il vous est venu voir?

PLAUTINE.

Pour négliger votre ordre il sait trop son devoir.

CAMILLE

Il vous a tôt quittée, et son ingratitude...

PLAUTINE.

Vous met-elle, madame, en quelque inquiétude?

CAMILLE

Non; mais j'aime à savoir comment on m'obéit.

PLAUTINE.

La curiosité quelquefois nous trahit ;

Et par un demi-mot que du cœur elle tire,

Souvent elle dit plus qu'elle ne pense dire.

CAMILLE

La mienne ne dit pas tout ce que vous pensez.

PLAUTINE.

Sur tout ce que je pense elle s'explique assez.

CAMILLE

Souvent trop d'intérêt que l'amour force à prendre Entend plus qu'on ne dit et qu'on ne doit entendre. Si vous saviez quel est mon plus ardent désir...

PLAUTINE.

D'Othon et de Pison je vous donne à choisir. Mon peu d'ambition vous rend l'un avec joie : Et pour l'autre, s'il faut, que je vous le renvoie, Mon amour, je l'avoue, en pourra murmurer; Mais vous savez qu'au vôtre il aime à déférer.

CAMILLE

Je pourrai me passer de cette déférence.

PLAUTINE.

Sans doute ; et toutefois, si j'en crois l'apparence . . .

CAMILLE

Brisons là; ce discours deviendrait ennuyeux.

PLAUTINE.

Martian que je vois vous entretiendra mieux. Agréez ma retraite et souffrez que j'évite Un esclave insolent de qui l'amour m'irrite.

Page 1