‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 517 sur 766 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CAMILLE, MARTIAN, ALBIANE.

CAMILLE

A ce qu'elle me dit, Martian, vous l'aimez?

MARTIAN

Malgré ses fiers mépris mes yeux en sont charmés. Cependant pour l'empire, il est à vous encore : Galba s'est laissé vaincre, et Pison vous adore.

De votre haut crédit c'est donc un pur effet0

MARTIAN

Ne désavouez point ce que mon zèle a fait. Mes soins de l'empereur ont fléchi la colère, Et renvoyé Plautine obéir chez son père. Notre nouveau César la voulait épouser ; Mais j'ai su le résoudre à s'en désabuser. Et Galba, que le sang presse pour sa famille, Permet à Vinius de mettre ailleurs sa fdle. L'unvousrend la couronne, etl'autretoutson cœur.

366 OÏHON, ACTE

Voyez mieux quelle en est la gloire et la douceur,

Quelle félicité vous vous êtes ôtée

Par une aversion un peu précipitée ;

Et pour vos intérêts daignez considérer...

CAMILLE

Je vois quelle est ma faute, et puis la réparer; Mais je veux, car jamais on ne m'a vue ingrate, Que ma reconnaissance auparavant éclate, Et n'accorderai rien qu'on ne vous fasse heureux. Vous aimez, dites-vous, cet objet rigoureux ; Et Pison dans sa main ne verra point la mienne Qu'il n'ait réduit Plautine à vous donner la sienne, Si pourtant le mépris qu'elle a fait de vos feux Ne vous a pu contraindre à former d'autres vœux.

MARTI AN

Ah ! madame, l'hymen a de si douces chaînes, Qu'il lui faut peu de temps pour calmer bien des Et du moins mon bonheur saurait avec éclat [haines; Vous venger de Plautine et punir un ingrat.

Je l'avais préféré, cet ingrat, à l'empire ; Je l'ai dit, et trop haut pour m'en pouvoir dédire; Et l'amour, qui m'apprend le faible des amants, Unit vos plus doux vœux à mes ressentiments, Pour me faire ébaucher ma vengeance en Plautine, Et l'achever bientôt par sa propre ruine.

MARTI AN

Ah ! si vous la voulez , je sais des bras tout prêts ; Et j'ai tant de chaleur pour tous vos intérêts...

CAMILLE

Ah! que c'est me donner une sensible joie! Ces bras que vous m'offrez, faites que je les voie, Que je leur donne l'ordre et prescrive le temps. Je veux qu'aux yeux d'Othon vos désirs soient con-

[tents, Que lui-même il ait vu l'hymen de sa maîtresse Livrer entre vos bras l'objet de sa tendresse, Qu'il ait ce désespoir avant que de mourir : Après, à son trépas vous me verrez courir. Jusques-là gardez-vous de rien faire entreprendre. Du pouvoir qu'on me rend vous devez tout attendre. Allez vous préparer à ces heureux moments; Mais n'exécutez rien sans mes commandements.

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