SCÈNE VI
CAMILLE, ALBIANE.
ALEIANE.
Vous voulez perdre Othon! vous le pouvez, madame.
CAMILLE
Que tu pénètres mal dans le fond de mon âme ! De son lâche rival voyant le noir projet, .l'ai su par cette adresse en arrêter l'effet, M'en rendre la maîtresse; et je serai ravie S'il peut savoir les soins que je prends de sa vie.
Va me chercher ton frère, et fais que de ma part Il apprenne par lui ce qu'il court de hasard, A quoi va l'exposer son aveugle conduite, Et qu'il n'est plus pour lui de salut qu'en la fuite. C'est tout ce qu'à l'amour peut souffrir mon cour-
ALRIANE. [rOUX.
Du courroux à l'amour le retour serait doux.
CAMILLE, RUTILE, ALBIANE.
RUTILE
Ah ! madame, apprenez quel malheur nous menace. Quinze ou vingt révoltés au milieu de la place Viennent de proclamer Othon pour empereur.
CAMILLE
Et de leur insolence Othon n'a point d'horreur, Lui qui sait qu'aussitôt ces tumultes avortent?
RUTILE
Ils le mènent au camp, ou plutôt ils l'y portent : Et ce qu'on voit de peuple autour d'eux s'amasser Frémit de leur audace, et les laisse passer.
CAMILLE
L'empereur le sait-il?
RUTILE
Oui, madame ; il vous mande :
Et pour un prompt remède à ce qu'on appréhende, Pison de ces mutins va courir sur les pas Avec ce qu'on pourra lui trouver de soldats.
Puisqu'Othon veut périr, consentons qu'il périsse ; Allons presser Galba pour son juste supplice. Du courroux à l'amour si le retour est doux, On repasse aisément de l'amour au courroux