SCÈNE ÏT
GALBA, CAMILLE, VINIUS ALBIANE.
LACUS
GALBA
Je vois d'ailleurs Lacus. Eh bien! quelles nouvelles? Qu'apprenez-voustous deux du camp denos rebelles?
VINIUS.
Que ceux de la marine et les Illyriens Se sont avec rhaleur joints aux prétoriens,
Et que des bords du Nil les troupes rappelées Seules par leurs fureurs ne sont point ébranlées.
LACUS
Tous ces mutins ne sont que de simples soldats ; Aucun des chefs ne trempe en leurs vains attentats . Ainsi ne craignez rien d'une masse d'armée Où déjà la discorde est peut-être allumée. Sitôt qu'on y saura que le peuple à grands cris Veut que de ces complots les auteurs soient proscrits, Que du perfide Othon il demande la tête, La consternation calmera la tempête; Et vous n'avez, seigneur, qu'à vous y faire voir Pour rendre d'un coup d'œil chacun à son devoir.
GALBA
Irons-nous, Vinius, hâter par ma présence L'effet d'une si douce et si juste espérance ?
VINIUS.
Ne hasardez, seigneur, que dans l'extrémité,
Le redoutable effet de votre autorité.
Alors qu'il réussit, tout fait jour, tout lui cède;
Mais aussi quand il manque, il n'est plus de remède .
Il faut, pour déployer le souverain pouvoir,
Sûreté tout entière, ou profond désespoir;
Et nous ne sommes pas, seigneur, à ne rien feindre,
En état d'oser tout, non plus que de tout craindre.
Si l'on court au grand crime avec avidité,
Laissez-en ralentir l'impétuosité :
D'elle-même elle avorte, et la peur des supplices
Arme contre le chef ses plus zélés complices.
Un salutaire avis agit avec lenteur.
LACUS
Un véritable prince agit avec hauteur : Et je ne conçois point cet avis salutaire, Quand on couronne Othon, de le regarder faire. Si l'on court au grand crime avec avidité, Il en faut réprimer l'impétuosité Avant que les esprits, qu'un juste effroi balance, S'y puissent enhardir sur notre nonchalance, Et prennent le dessus de ces conseils prudents Dont on cherche l'effet quand il n'en est plus temps.
VINIUS.
Vous détruirez toujours mes conseils par les vôtres ; Le seul ton de ma voix vous en inspire d'autres; Et tant que vous aurez ce rare et haut crédit, Je n'aurai qu'à parler pour être contredit. Pison, dont l'heureux choix est votre digne ouvrage, Ne serait que Pison s'il eut eu mon suffrage. Vous n'avez soulevé Martian contre Othon Que parce que ma bouche a proféré son nom ; Et verriez comme un autre une preuve assez claire De combien votre avis est le plus salutaire, Si vous n'aviez fait vœu d'être jusqu'au trépas L'ennemi des conseils que vous ne donnez pas.
LA.CUS
Et vous, l'ami d'Othon, c'est tout dire ; et peut-être Qui le voulait pour gendre et l'a choisi pour maître