‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 525 sur 766 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

PLAUTINE, FLAVIE.

FLAVIE

Vous dire que du ciel la colère irritée, Ou plutôt du destiu la jalouse fureur...

PLAUTINE.

Auraient-ils mis Othon aux fers de l'empereur? Et dans ce grand succès la fortune inconstante Aurait-elle trompé notre plus douce attente?

FLAVIE

Othon est libre, il règne; et toutefois, hélas!...

PLAUTINE.

Serait-il si blessé qu'on craignît son trépas?

FLAVIE

Non, partout à sa vue on a mis bas les armes ; Mais enfin son bonheur vous va coûter des larmes.

PLAUTINE.

Explique, explique donc ce que je dois pleurer.

FLAVIE

Vous voyez que je tremble à vous le déclarer.

PLAUTINE.

Le mal est-il si grand ?

FLAVIE

D'un balcon chez mon frère, .l'ai vu... Que ne peut-on, madame vous le taire ! Ou qu'à voir ma douleur n'avez-vous deviné Que Vinius...

PLAUTINE.

Eh bien ?

FLAVIE

Vient d'être assassiné !

PLAUTINE.

Juste ciel !

FLAVIE

De Lacus l'inimitié cruelle...

PLAUTINE.

0 d'un trouble inconnu présage trop fidèle ! Lacus...

FLAVIE

C'est de sa main que part ce coup fatal Tous deux près de Galba marchaient d'un pas égal, Lorsque tournant ensemble à la première rue, Ils découvrent Othon maître de l'avenue. Cet effroi ne les fait reculer quelques pas Que pour voir ce palais saisi par vos soldats; Et Lacus aussitôt, étincelant de rage De voir qu'Othon partout leur ferme le passage, Lance sur Vinius un furieux regard, L'approche sans parler, et, tirant un poignard...

PLAUTINE.

Le traître ! Hélas! Flavie, où me vois-je réduite !

FLAVIE

Vous m'entendez, madame, et je passe à la suite.

Ce lâche, sur Galba portant même fureur : « Mourez, seigneur, dit-il, mais mourez empereur; « Et recevez ce coup comme un dernier hommage « Que doit à votre gloire un généreux courage. » Galbatombe; et ce monstre, enfin s'ouvrant le flanc, Mêle un sang détestable à leur illustre sang. En vain le triste Othon, à cet affreux spectacle, Précipite ses pas pour y mettre un obstacle ; Tout ce que peut l'effort de ce cher conquérant, C'est de verser des pleurs sur Vinius mourant, De l'embrasser tout mort. Mais le voilà, madame, Qui vous fera mieux voir les troubles de son àme.

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