OU LE TRAITRE TRAHI
« Cette comédie n'est pas plus régulière que Mélite en ce qui regarde l'unité de lieu, et a le même défaut au cinquième acte, qui se passe en compliments, pour venir à la conclusion d'un amour épisodique, avec cette différence toutefois, que le mariage de Célidan avec Doris a plus de justesse dans celle-ci que celui d'Éraste avec Cloris dans l'autre. Elle a quelque chose de mieux ordonné pour le temps en général, qui n'est pas si vague que dans Mélite, et a ses intervalles mieux proportionnés par cinq jours « consécutifs : c'était un tempérament que je « croyais lors fort raisonnable entre la rigueur de « vingt-quatre heures et cette étendue libertine
< qui n'avait aucunes bornes. Cette comédie
i peut faire connaître l'aversion naturelle que j'ai - toujours eue pour les a parte. Elle m'en don-
< nait de belles occasions, m'étant proposé d'y
peindre un amour réciproque qui parût dans les maintiens de deux personnes qui ne parlent point d'amour ensemble, et de mettre des compliments d'amour suivis entre deux gens qui n'en ont point l'un pour l'autre, et qui sont toutefois obligés, par des considérations particulières, de s'en rendre des témoignages mutuels. C'était un beau jeu pour ces discours à part, si fréquents chez les anciens et chez les modernes de toutes les langues. Cependant, j'ai si bien fait, par le moyen des confidences qui ont précédé ces scènes artificieuses, et des réflexions qui les ont suivies, que, sans emprunter ce secours, l'amour a paru entre ceux qui n'en parlent point, et le mépris a été visible entre ceux qui se font des protestations d'amour. Le style n'est pas plus élevé ici que dans Mélite; mais il est plus net , et plus dégagé des
pointes dont l'autre est semée L'intrigue y
est aussi beaucoup plus raisonnable que dans l'autre. » Corneille. {Examen de la Veuve.)