‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 543 sur 766 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Pressé par Alcidon, Célidan consent à lui prêter son bras et sa maison pour l'exécution de son projet; il s'empresse même d'aller prendre les mesures nécessaires pour écarter tout soupçon.

Alcidon, se rit de tant de bonne foi et de crédulité. Philiste l'aborde ; mais notre fourbe , jouant l'indignation au sujet du changement de Doris , qu'il lui attribue, lui prodigue les noms de traître et de parjure. Etonné, Philiste sort dans le dessein de s'opposer aux projets de sa sœur, ce qu' Alcidon , qui perdrait ainsi le prétexte dont il veut couvrir son lâche dessein, espère bien ne pas voir réussir.

Après avoir félicité Doris sur la comédie qu'elle a jouée avec Alcidon , Chrysante engage Géron à attendre Philiste pour le décider au mariage de Doris avec Forlange, Philiste arrive, chasse Géron, déclare à sa mère qu'il ne consentira jamais à l'union projetée, puis envoie dire à Forlange qu'il ait à renoncer à ses prétentions ou à lui rendre raison de tant d'insolence.

Clarice vient rêver à son amour, mais bientôt paraissent Célidan et Alcidon déguisés ; comme si elle avait peur des deux prétendus voleurs , la nourrice se jette aux genoux de sa maîtresse, et, les tenant embrassés, l'empêche de fuir. Quand elle a entendu partir la voiture qui emmène Clarice, elle se dit :

Sortons de pâmoison, reprenons la parole;

Il nous faut à grands cris jouer un autre rôle.

Ou je n'y connais rien, ou j'ai bien pris mon temps :

Ils n'en seront pas tous également contents ;

El Philiste demain, cette nouvelle sue,

Sera de belle humeur, ou je suis fort déçue.

Mais par où vont nos gens ? Voyons qu'en sûreté

EXAMEN ANALYTIQUE

Je fasse aller après par un autre côté.

A présent, il est temps que ma voix s'évertue :

Aux armes ! aux voleurs ! On mVgorge, on me tue ;

On enlève madame; amis, secourez-nous.

A la force! aux brigands! au meurtre! accourez tous!

Elle appelle Doraste, Polymas, Listor, valets de Philiste, et les lance sur une fausse route :

Ils vont tout droit par là. Le ciel vous favorise !

(Seule.)

Oh ! qu'ils en vont abattre ! Ils sont morts, c'en est fait ; Et leur sang, autant vaut, a lavé leur forfait; Pourvu que le bonheur à leurs souhaits réponde, Ils les rencontreront, s'ils font le tour du monde. Quant à nous, cependant, subornons quelques pleurs Qui servent de témoins à nos fausses douleurs.

Philiste apprend l'enlèvement de sa maîtresse et la douleur à laquelle se livre la nourrice. Polymas et ses compagnons n'ayant pu en découvrir de traces, il s'apprête à les percer de son épée, quand Célidan et Alcidon entrent. Ce dernier traite comme effets de poltronnerie toutes les protestations de sincérité que lui fait le frère de Do.'is, prétendant qu'il n'a d'autre but que de lui refuser satisfaction de son injure; poussé à bout, Philiste sort, jurant de rompre à jamais avec l'insolent.

Toujours abusé sur les motifs d'Alcidon, Célidan s'efforce de lui prouver que Philiste est de bonne foi . qu'il fera tout pour rompre le mariage de sa sœur, mais qu'il lui faut préalablement rendre Clarice. Jouant la générosité, Alcidon abandonne Doris à son ami, qui en a autrefois été épris, et lui dit que par vengeance il veut épouser Clarice, à qui, pour la gagner plus aisément, ils conviennent d'annoncer une fausse nouvelle , la mort de son amant.

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