‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 549 sur 766 · LE LIBRAIRE · texte numérisé non relu

LE LIBRAIRE

La mode est à présent des pièces de théâtre.

DORIMANT.

De vrai, chacun s'en pique, et tel y met la main, Qui n'eut jamais l'esprit d'ajuster un quatrain

Il dit à son écuyer quelques mots à voix hasse ; Hippolyte sort, Cléante s'empresse de la suivre. Lysandre survient, et dit à Dorimant :

Je te prends sur le livre.

DORIMANT.

Eh bien ! qu'en veux-tu dire ?

Tant d'excellents esprits qui se mêlent d'écrire Valent bien qu'on leur donne une heure de loisir.

LYSANORK.

Y trouves-tu toujours une heure de plaisir? Beaucoup font bien des vers, mais peu la comédie.

DORIMANT.

Ton goût, je m'en assure, est pour la Normandie

LYSANDRE

....Tel parle d'amour sans aucune pratique.

nORIMANT.

On n'y sait guère alors que la vieille rubrique ; Faute de le connaître, on l'habille en fureur,

Et, loin d'en faire envie, on nous en fait horreur. Lui seul de seseffets a droitde nous instruire; Notre plume à lui seul doit se laisser conduire ; Pour en bien discourir^ il faut l'avoir bien fait: Un bon poëte ne vient que d'un amant parfait.

LYSANDRE

Il n'en faut point douter: l'amour a des tendresses

Que nous n'apprenons point qu'auprès de nos maîtresses.

Tant de sortes d'appas, de doux saisissements,

D'agréables langueurs et de ravissements,

Jusques où d'un bel œil peut s'étendre l'empire,

El mille autres secrets que l'on ne saurait dire,

Quoi que tous nos rimeurs en mettent par écrit,

Ne se surent jamais par un effort d'esprit ;

Et je n'ai jamais vu de cervelles bien faites

Qui traitassent l'amour à la façon des poëtes :

C'est tout un autre jeu

O pauvre comédie ! objet de tant de veines, Si lu n'es qu'un portrait des actions humaines, On le tire souvent sur un original A qui, pour dire vrai, tu ressembles fort mal.

Dorimant raconte à son ami qu'il a entrevu dans la matinée une beauté séduisante; que Cléante l'a suivie , afin d'apprendre quel est son nom et son rang. Cléante revient ; trois hommes, qui lui ont donné des étrivières, l'ont empêché de remplir sa mission : il connaît l'un d'eux.

Qu'on le trouve où qu'il soit,

répond le désappointé Dorimant.

Hippolyte vient, sa suivante Florice lui parle des œillades d'un cavalier qui se trouvait le matin chez le libraire , à quoi elle répond que toutes galanteries qui ne viendraient point de Lysandre la trouveront indifférente. Alors Florice lui révèle l'amour que Lysandre montre pour Célidée.

Page 1