‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 550 sur 766 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Dorimant proteste à Hippolyte de son amour:

Je n'ai point consulté pour vous donner mon âme ; Votre premier aspect sut allumer ma flamme, Et je sentis mon cœur, par un secret pouvoir, Aussi prompt à brûler que mes yeux à vous voir.

HIPPOLYTE

Avoir connu d'abord combien je suis aimable,

Encor qu'à votre avis il soit inexprimable,

Ce grand et prompt effet m'assure puissamment

De la vivacité de votre jugement.

Pour moi, que la nalure a faite un peu grossière,

Mon esprit, qui n*a pas celte vive lumière,

Conduit trop pesamment toutes ses fondions

Pour m'averlir si tôt de vos perfections.

Lysandre sort de chez Célidée, et passe sans s'arrêter; Hippolyte l'appelle et engage avec lui une guerre d'agaceries. Florice, prenant pour prétexte une affaire pressée, la force à rentrer.

Dorimant confie à Lysandre qu'Hippolyte est la personne dont il lui a déjà parlé , mais qu'il désespère d'en être aimé. Lysandre se charge de lui rendre les parents favorables, et lui conseille de gagner le cœur de sa maîtresse.

Hippolyte se plaint de ce que Florice a interrompu sa conversation avec Lysandre ; pour s'excuser, la suivante dit qu'elle avait à cœur de lui

EXAMEN ANALYTIQUE

communiquer le dessein dont elle l'a entretenue et qu'elle l'engage à exécuter.

Hippolyte appelle Célidée : Dorimant , lui ditelle, l'importune: son amie lui répond qu'elle voudrait bien que Ly sandre lui donnât quelque prétexte pour l'abandonner. Hippolyte lui insinue que, si elle paraissait avoir le moindre dédain, Lysandre l'abandonnerait aussitôt. Quoique persuadée du contraire, Célidée promet d'essayer de ce moyen.

HIPPOLYTE

En vain tu t'y résous ; ton âme un peu contrainte Au travers de tes yeux lui trahira la feinte : L'un d'eux dédira l'autre, et toujours un souris Lui fera voir assez combien tu le chéris.

CÉLIDÉE.

Ce n'est qu'un faux soupçon qui te le persuade ; J'armerai de rigueur jusqu'à la moindre œillade, Et réglerai si bien toutes mes actions, Qu'il ne pourra juger de mes intentions.

- O Dieux ! si je pouvais changer sans infamie !

Hippolyte , comptant sur la promesse de Célidée, cède la place à Lysandre, qui, reçu avec des froideurs rebutantes, s'écrie :

Ah ! redouble plutôt ce dédain qui me tue,

Et laisse-moi le bien d'expirer à ta vue;

Que j'adore tes yeux, tout cruels qu'ils me sont ;

Qu'ils reçoivent mes vœux pour le mal qu'ils me font!

Invente à me gêner quelque rigueur nouvelle;

Traite, si tu le veux, mon âme en criminelle ;

Dis que je suis ingrat, appelle-moi léger;

Impute à mes amours la honte de changer;

Dedans mon désespoir fais éclater la joie :

Et tout me sera doux pourvu que je te voie,

Tu verras tes mépris n'ébranler point ma foi,

Et mes derniers soupirs ne voler qu'après toi.

Ne crains point de ma part de reproche ou d'injure;

Je ne t'appellerai ni lâche ni parjure :

Mon feu supprimera ces titres odieux;

Mes douleurs céderont au pouvoir de tes yeux ;

Et mon fidèle amour, malgré leur vive aiieinte,

Pour t'adorer encore étouffera ma plainte.

Célidée sort, le laissant en proie à sa douleur.

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