PHYLIS
Fasse état qui voudra de la fidélité ;
Je ne me pique point de celle vanité ;
Et l'exemple d'aulrui m'a irop fait reconnaître
Qu'au lieu d'un serviteur c'est accepter un maître
Pour moi, j'aime un chacun; et, sans rien négliger, Le premier qui m'en conte a de quoi m'engager.
Ainsi tout contribue à ma bonne fortune :
Tout le monde me plaît, el rien ne m'importune;
De mille que je rends l'un de l'autre jaloux,
Mon cœur n'est à pas un, el se promet à tous ;
Ainsi, tous à l'envi s'efforcent à me plaire;
Tous vivent d'espérance, et briguent leur salaire ;
L'éloignemenl d'aucun ne saurait m'affliger;
Mille encore présents m'empêchent d'y songer.
Je n'encrainspointlamoi t, je n'en crains point le change:
Un monde m'en console aussitôt ou m'en venge
ANGÉLIQUE
Voilà fort plaisamment traiier cette matière, Et donner à sa langue une libre carrière. Ce prand flux de raisons dont lu viens m'attaquer, Est bon à faire rire, et non à pratiquer... Qui peut en avoir mille en est plus estimée ; Mais qui les aime tous de pas un n'est aimée; Elle voit leur amour soudain se dissiper : Qui veut tout retenir laisse tout échapper.
Pour éviter l'ennui de nouvelles sollicitations, elle se retire en voyant venir Doraste.
Par sa folle étourderie, Phylis parvient à apaiser la douleur de son frère, qui a parfaitement deviné qu'Angélique le fuit. Pour réfléchir plus à Taise aux moyens de triompher de la cruelle, Phylis, qui voit approcher Cléandre, un de ses amants, emmène son frère.
Cléandre , dont le cœur appartient en secret à Angélique, maîtresse de son ami Alidor, exprime ainsi ses sentiments :
J'aime Alidor, j'aime Angélique:
Mais l'amour cède à Pamilié ; Et jamais on n'a vu, sous les lois d'une belle, D'amant si malheureux, ni d'ami si fidèle.
Alidor entre, et avoue à son ami que son amour pour Angélique est trop violent.
A tel prix que ce soit il faut rompre mes chaînes, De crainte qu'un hymen, m'en ôlant le pouvoir, Fît d'un amour par force un amour par devoir.
Cléandre s'étonne de cette répugnance pour le mariage ; Alidor répond :
N'a-t-on point d'autres goûts en un âge qu'en l'autre? Juge alors le tourment que c'est d'être attaché, Et de ne pouvoir rompre un si fâcheux marché.
Enfin il annonce le projet de se faire congédier par Angélique, ajoutant qu'il serait aise de la voir épouser un rival. Cléandre alors lui découvre l'amour qu'il nourrit en silence, et Alidor lui promet de le servir. Mais, dit-il,
songe que l'hymen fait bien des malheureux.
CLÉANDRE
J'en veux bien faire essai : mais d'ailleurs quand j'y pense, Peut-être seulement le nom d'époux t'offense ; Et tu voudrais qu'un autre...