‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 584 sur 766 · TRAGÉDIE EN CINQ ACTES, PRÉCÉDÉE D'UN PROLOGUE · texte numérisé non relu

TRAGÉDIE EN CINQ ACTES, PRÉCÉDÉE D'UN PROLOGUE

« Vous y trouverez cet ordre gardé dans les « changements de théâtre, que chaque acte aussi « bien que le prologue a sa décoration particulière, « et du moins une machine volante, avec un con- « cert de musique que je n'ai employé qu'à satis- « faire les oreilles des spectateurs , tandis que « leurs yeux sont arrêtés à voir descendre ou re- « monter une machine , ou s'attachent à quelque « chose qui les empêche de prêter attention à ce « que pourraient dire les acteurs, comme fait le « combat de Persée contre le monstre ; mais je me « suis bien gardé de faire rien chanter qui fût né- « cessaire à l'intelligence de la pièce, parce que <' communément les paroles qui se chantent étant « mal entendues des auditeurs, pour la confusion « qu'y apporte la diversité des voix qui les pro- « noncent ensemble, elles auraient fait une grande «obscurité dans le corps de l'ouvrage, si elles « avaient eu à les instruire de quelque chose qui « fût important.

« Il n'en va pas de même des machines, qui ne « sont pas dans cette tragédie comme des agré- « ments détachés ; elles en font en quelque sorte « le nœud et le dénouement, et y sont si nécessaires « que vous n'en sauriez retrancher aucune que « vous ne fassiez tomber tout l'édifice. J'ai été « assez heureux à les inventer et à leur donner «< place dans la tissure de ce poëme ; mais aussi

« faut-il que j'avoue que le sieur Torelli s'est sur- « monté lui-même à en exécuter les desseins, et « qu'il a eu des inventions admirables pour les « faire agir à propos. » [Préface de Corneille.)

Le résumé d'un opéra serait trop fastidieux : nous signalerons au passage seulement les vers ou les pensées dignes de remarque. Ainsi, dans le Prologue, Melpomène dit au Soleil :

Arrête un peu ta course impétueuse; Mon théâtre, Soleil, mérite bien tes yeux : Tu ne vis jamais en ces lieux De pompe plus majestueuse.

J'ai réuni pour la faire admirer Tout ce qu'ont de plus beau la France et l'Italie:

De tous leurs arts mes sœurs l'ont embellie ; Prête-moi tes rayons pour la mieux éclairer.

Elle termine par ces deux vers la louange obligée du roi :

Je lui montre Pompée, Alexandre, César, Mais comme des héros attachés à son char.

Dans le premier acte, on remarque ces vers sur la pitié :

La douleur se soulage à se plaindre ;

Et, quelques mauxqu'on souffre ou que l'on ait à craindre, Ce qu un cœur généreux en montre de pitié Semble en notre faveur en prendre la moitié.

Céphée, père d'Andromède, objectant l'ordre du ciel à Phinée , qui lui demande sa fille , celui-ci répond :

Quelle est celte justice et quelles sont ces lois Dont l'aveugle rigueur s'étend jusques aux rois?

CÉPHKE.

Celles que font les dieux qui, tout rois que nous sommes, Punissent nos forfaits ainsi que ceux des hommes, Et qui ne nous font part de leur sacré pouvoir Que pour le mesurer aux règles du devoir.

A la scène troisième du second acte, Andromède apprend qu'elle va être exposée sur un rocher à la fureur d'un monstre indomptable ; elle dit à Phinée :

Assez souvent le ciel par quelque fausse joie Se plaît à prévenir les maux qu'il nous envoie ; Du moins il m'a rendu quelques moments bien doux Par ce flatteur espoir que j'allais être à vous : Mais puisque ce n'était qu'une trompeuse attente, Gardez mon souvenir, et je mourrai contente.

Troisième acte : Andromède au pied du rocher :

Affreuse image du trépas,

Qu'un triste honneur m'avait fardée, Surprenantes horreurs, épouvantable idée,

Qui tan ôl ne (n'ébranliez pas, Que l'on vous conçoit mal quand on vous envisage

Avec un peu d'éloignement !

Qu'on vous méprise alors! qu'on vous brave aisément!

Mais que la grandeur du courage

Devient d'un difficile usage

Lorsqu'on touche au dernier moment!

Combat de Persée contre le monstre , pendant lequel le chœur de musique chante :

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