ACTE CINQUIÈME
La frayeur que Marcelle cause à son trop faible époux est si grande , que non-seulement il n'ose rien entreprendre pour le bonheur de son fils, mais encore que s'il découvrait la retraite de Théodore , qu'il s'estime heureux d'ignorer, il la ferait conduire au supplice ; celui de Didyme est assuré, à moins qu'il ne consente à renier son Dieu : Cléobule répond à Paulin, qui lui fait cette confidence, que Placide tiendra probablement sa promesse ; mais lorsqu'ils pensent à la rage de Marcelle, dont la fille Flavie est expirante depuis qu'on lui a appris l'heureuse fuite de Théodore, tous deux finissent par désespérer complètement.
Didyme passe , marchant au supplice; il lui est permis de s'entretenir avec ses amis , et répond aux instances de ménager sa vie :
Pour la cause de Dieu s'offrir en sacrifice, C'est courir à la vie, et non pas au supplice.
Cléobule lui répond que Théodore, retirée dans sa maison, l'attend [,our s'unir à lui ; il préfère la palme du martyre.
Instruite de la mort de Flavie , et pensant bien que Marcelle ne se bornera plus à vouloir lui ravir l'honneur, Théodore vient jusque dans le palais de Valens supplier Didyme de la laisser mourir à sa place.
A cette nouvelle, la mégère accourt et entend les paroles des deux amants qui veulent mourir pour leur foi . elle voudrait pouvoir leur faire infliger un cruel et lent supplice, mais elle craint que Placide ne vienne les y arracher ; enfin elle sedécide pour une mort prompte, et les fait entraîner.
Tout aussitôt Valens arrive; Paulin le conjure de sauver les deux victimes, mais il n'ose braver le courroux de Marcelle.
Stéphanie s'avance tout en pleurs : d'abord en proie à une horrible anxiété , ils éclatent en gémissements lorsqu'elle leur apprend qu'après avoir poignardé Didyme et Théodore, Marcelle a tourné son arme contre elle-même.
Il (Placide) demeure immobile à cet objet funeste ; Quelque ardeur qui le pousse à venger ce malheur, Four en avoir la force il a trop de douleur ; Il pâlit, il frémit, il tremble, il tombe, il pâme, Sur son cher Cléobule il semble rendre l'âme. Cependant, triomphante enlre ces deux mourants, Marcelle les contemple à ses pieds expirants, Jouit de sa vengeance, et d'un regard avide En cherche les douceurs jusqu'au cœur de Placide; Et tantôt <e repaît de leurs derniers soupirs, Tantôt goûte à pleins yeux ses mortels déplaisirs, Y mesure sa joie, et trouve plus charmante La douleur de l'amant que la mort de l'amante ; Nous témoigne un dépit qu'après ce coup fatal Pour être trop sensible il sent trop peu son mal.... Mais à peine il revit, qu'el'.', haussant la voix: (« Je n'ai pas résolu de mourir à ton choix,
EXAMEN ANALYTIQUE
« Dit-elle, ni d'attendre à rejoindre Flavie « Que ta rage insolente ordonne de ma vie.» A ces mots, furieuse, »'t se perçant le flanc De ce même poignard fumant d'un autre >ang, Elle ajoute : « Va, traire, à qui j'éftariit- un crime, «Si tu veux t- v.nger cherche une auire victime; « Je meurs ; mais j'ai de quoi rendre gràci s aux dieux, « Puisque je meurs vengée et vengée à tes yeux. »
Placide approche avec Cléobule et Paulin ; ses habits sont teints de sang. Valens s'enquiert si c'est celui de quelqu'un des morts ; Paulin lui répond que c'est celui de son malheureux fils, qui alors s'écrie :
Rends-en grâces au ciel, heureux père et mari :
Par là l'est conservé ce pouvoir si chéri,
Ta dignité dans l'âme à ion fils préférée ;
Ta propre vie enfin par là t'est assurée,
Et ce sang qu'un amour pleinement indigné
Peut-être en ses transports n'aurait pas épargné.
Pour ne point violer les droits de la naissance
Il fallait que mon bras s'en mît dans l'impuissance :
C'est par là seulement qu'il s'est pu retenir.
El je me suis puni de peur de te punir,
Le faible époux, le déplorable père, comprend toute son infortune, et s'empresse de secourir
son fils.