ACTE PREMIEK
Dircé, fille de Laïus et de Jocaste, est aimée de Thésée, qui lui déclare sa flamme; mais elle craint qu'OEdipe et sa mère ne se refusent à cet hymen dans un temps où la peste ravage leurs états. — OEdipe, seul avec le prince d' Athènes, lui dit que l'on ne saurait célébrer une telle fête au milieu de la stupeur dont sont frappés les Thébains ; cependant croyant comprendre que Thésée soupire pour Antigone ou pour Ismène , ses deux filles, il lui laisse entrevoir une espérance prochaine. Mais, au nom de Dircé, le roi s'étonne, puis répond qu'elle est promise à OEmon :
La parole des rois doit être inviolable. . . .
THÉSÉE
C'est pour un grand monarque avoir bien du scrupule.
(Il soit )
MO
EXAMEN ANALYTIQUE
Offensé de ce ton , et craignant que Dircé , si elle épousait un prince d'un tel caractère, ne revendiquât un jour ses droits à la couronne, OEdipe jure de ne la donuer qu'à OEmon.
Cléante, le confident d'OEdipe, entre; celui-ci lui raconte en ces ternies l'histoire du Sphinx :
Toi qui, né dans Argos, et nourri dans Mycènes, Feux être mal instruit de nos secrètes haines, Vois-les jusqu'en leur source, et juge entre elle et moi Si je règne sans tilre et si j'agis en roi
On l'a parlé du Sphinx, dont l'énigme funeste Ouvrit plus de tombeaux que nVn ouvre la peste. Ce monstre à voix humaine, aigle, femme, lion, Se campait fièrement sur le monl Cilhéron, D'où chaque jour ici devait fondre sa rage, A moins qu'on n'éclaircît un si sombre nuage. Ne porter qu'un faux jour dans cette obscurité, C'était de ce prodige enfler la cruauté, Et les membres épars des mauvais interprètes Ne laissaient dans ces murs que des bouches muettes; Mais comme aux grands périls le salaire enhardit, Le peuple offre le sceptre, et la reine son lit : De cent cruelles morts cette offre était suivie. J'arrive, je la prends, je hasarde ma vie ; Au pied du roc affreux, semé <fos blanchissants, Je demande l'énigme et j'en cherche le sens ; Et ce qu'aucun mortel n'avait encor pu faire, J'en dévoile l'image et perce le mystère. Le monstre, furieux de se voir entendu, Venge aussitôt sur lui tant de sang répandu ; Du roc s'élance en ba«, et s'écrase lui-même. La reine tint parole, etj'eus le diadème, etc.
Jocaste survient; elle apprend à OEdipe que Dircé ne veut appartenir qu'à Thésée. — Arrivant de Delphes , où OEdipe avait envoyé consulter l'oracle, Dymas annonce que le dieu reste muet.
JOCASTE
.Ah ! seigneur, que marque un tel silence ?
OEDIPE
Que pourrait-il marquer qu'une juste vengeance? Ce fils dont ils avaient prédit les aventures, Exposé par votre ordre, a trompé leurs augures, Et ce sang innocent et ces dieux irrités Se vengent maintenant de vos impiétés.
JOCASTE
Devions-nous l'exposer à son destin funeste Pour 1»' voir parricide et pour le voir infcesle? El des crimes si noirs étouffés au berceau Auraient-ils su pour moi faire un crime nouveau? Non, non; de tant de maux Thèbes n'esl assiégée Que pour la mort du roi que 1 on n'a pas vengée; Son ombre incessamment me frappe encor les yeux; Je l'entends murmurer à toute heure, en tous lieux, Et se plaindre en mon cœur de celle ignominie Qu'imprime à son grand nom cette mort impunie.
OEDIPE
Pourrions-nous en punir des brigands inconnus,
Que peut-être jamais en ces lieux on n'a vus?
Si vous m'avez dit vrai, peut-être ai-je moi-même
Sur trois de ces brigands venge le diadème :
Au lieu même, au temps même, attaqué seul par trois,
J'en laissai deux sans vie, et mis l'autre aux abois
Puisque le ciel se tait, consultons les enfers, etc.