‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 597 sur 766 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Jocaste vient annoncer à sa fille qu'il lui reste encore quelques jours à vivre, car avant le sacrifice on veut interroger de nouveau les dieux.

Dircé persévère dans sa résolution, car c'est Laïus qui la rappelle vers lui afin de la soustraire à des traitements ignominieux. Sa mère essaie de lui faire entendre qu'elle peut fuir à Athènes avec Thésée; OEdipe même vient se joindre à la reine, mais en vain ; Dircé sort sans vouloir rien entendre.

Resté seul avec Jocaste , OEdipe apprend d'elle que Phorbas, le vieux serviteur qui fut chargé d'exposer sur le mont Cithéron le fils maudit d'avance par les dieux , n'a point reparu à la cour depuis la mort de Laïus. 11 engage la reine à l'aller interroger , car le devin Tirésie lui a révélé que ce fils existe encore.

Ce prince, m'a-t-il dit, respire en votre cour; Vous pourrez le connaître avant la fin du jour; Mais il pourra vous perdre en se faisant connaître. Puisse-t-il ignorer quel sang lui donna l'être!

Thésée arrive précipitamment ; il annonce à la reine (restée seule) que Phœdime, après Phorbas le mieux informé sans doute, vient de lui apprendre en mourant que ce fils de Laïus c'était lui-même (Thésée).

JOCASTE

Eh bien ! soyez mon fils, puisque vous voulez l'être; Mais donnez-moi la marque où je dois le connaître.

Vous n'êtes point ce fils, si vous n'êles méchant; Le ciel sur sa naissance imprima ce penchant : J'en vois quelque partie en ce désir inceste ; Mais pour ne plus douter vous chargez-vous du reste ? Etes-vous l'assassin et d'un père et d'un roi?

THÉSÉE

Ah ! madame, ce mot me fait pâlir d'effroi.

JOCASTE

C'était là de mon fds la noire destinée ; Sa vie, à ces forfaits par le ciel condamnée, N'a pu se dégager de cet astre ennemi, Ni de son ascendant s'échapper à demi Si ce fils vit encore, il a tué son père : C'en est l'indubitable et le seul caractère, Et le ciel, qui prit soin de nous en avertir, L'a dit trop hautement pour se voir démentir. Sa mort seule pouvait le dérober au crime.

Prince, renoncez donc à toute votre estime : Dites que vos venus sont crimes déguisés , Recevez tout le sort que vous vous imposez; Et, pour remplir un nom dont vous êtes avide, Acceptez ceux d'inceste et de fils parricide. J'en croirai ces témoins que le ciel m'a prescrits, El ne puis vous donner mon aveu qu'à ce prix.

THÉSÉE

Quoi ! la nécessité des vertus et des vices D'un astre impérieux doit suivre les caprices, Et l'homme sur soi-même a si peu de crédit,

Qu'il devient scélérat quand Delphes l'a prédit!

De toute la vertu sur la terre épandue

Tout le prix à ces dieux, toute la gloire est due ;

Us agissent en nous quand nous pensons agir,

Alors qu'on délibère on ne fait qu'obéir:

Et notre volonté n'aime, hait, cherche, évite,

Que suivant que d'en haut leur bras la précipite.

D'un tel aveuglement daignez me dispenser. Le ciel, juste à punir, juste à récompenser, Pour rendre aux actions leur peine ou leur salaire, Doit nous offrir son aide, et puis nous laisser faire. N'enfonçons toutefois ni votre œil ni le mien Dans ce profond abîme où nous ne voyons rien. Delphes a pu vous faire une fausse réponse; L'argent peut inspirer la voix qui les prononce: Cet organe des dieux put se laisser gagner A ceux que leur naissance éloignait de régner; Et par tous les climats on n'a que trop d'exemples Qu'il est, ainsi qu'ailleurs, des méchants dans les temples.

Sa main , finit-il par déclarer, ne s'est jamais souillée d'un tel forfait; il n'a même jamais vu les lieux qui en ont été le théâtre : il faut donc attendre Phorbas pour expliquer ce mystère.

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