‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 602 sur 766 · LA PAIX · texte numérisé non relu

LA PAIX

Allons sans plus tarder mettre ordre à tes spectacles ; Et, pour Us commencer par de nouveaux miracles, Toi, qui remis tuul-puissant ce chef-d'œuvre des cieux, Hymen, fais-lui chai ger la fac de ces lieux.

L HYIWÉNÉE, seui.

Naissez à cet aspect, fontaines, fleurs, bocages; Chassez de ces débris les funestes images,

EXAMEN ANALYTIQUE

Et formez des jardins tels qu'avec quatre mots Le grand art de Médée en fit naître à Colchos.

(Tout le théâtre se change en un jardin magnifique, à la vue du portrait de la reine, que l'Hyménée lui présente.)

Au premier acte le théâtre représente donc un grand jardin.

Pour prix de ses exploits , Jason a demandé à Asete la fameuse Toison d'Or. Médée , qui s'attendait à Je voir solliciter sa main auprès de son père, lui fait le tableau des périls à surmonter.

Pour voir cette dépouille au dieu Mars consacrée,

A tous dans sa forêt il permet libre entrée;

Mais pour la conquérir qui s'ose hasarder

Trouve un affreux dragon commis à la garder.

Rien n'échappe à sa .vue, et le sommeil sans force

Fait avec sa paupière un éternel divorce;

Le combat contre lui ne te sera permis

Qu'après deux fiers taureaux par ta valeur soumis :

Leurs yeux sont mut de flamme, et leur brûlante haleine

D'un long embrasement couvre toute la plaine.

Va leur faire souffrir le joug et l'aiguillon, Ouvrir du champ de Mars le funeste sillon ; C'est ce qu'il le faut faire, et dans ce champ horrible Jeter une semence encore plus terrible, Qui soudain produira des escadrons armés Contre la même main qui les aura semés; Tous, sitôt qu'ils naîtront, en voudront à ta vie : Je vais moi-même à tous redoubler leur furie.

Le deuxième acte se passe dans un paysage agréable.

Envoyée par Neptune pour traverser les projets des Argonautes et de Jason son amant, Hypsipile a inspiré de l'amour à Absyrte, frère de Médée, mais elle aime encore le perfide :

L'inconstance me l'ôte, elle peut mêle rendre.

ABSYRTE.

Quoi ! vous pourriez l'aimer, s'il rentrait sous vos lois En devenant perfide une seconde fois?

HYPSIPILE.

Prince, vous savez mal combien charme un courage Le plus frivole espoir de reprendre un volage; De le voir, malgré lui, dans nos fers retombé, Échapper à l'objet qui nous l'a dérobé, Et sur une rivale et confuse et trompée Ressaisir ?vec gloire une place usurpée. Si le ciel en courroux m'en refuse l'honneur, Du moins je servirai d'obstacle à son bonheur.

Le troisième acte a lieu dans le palais d'Aœte.

Instruit par un songe que le salut de son état dépend de la conservation de la Toison, Aaete s'efforce de détourner Jason de son entreprise.

JASON

Vous présumer perdu sur la foi d'un scrupule Qu'embrasse aveuglément votre âme trop crédule, Comme si sur la peau d'un chélif animal Le ciel avait écrit tout votre sort fatal !

Vous persistez ! répond le roi ; vous n'avez donc jamais aimé Médée ? Supposition que Jason repousse comme un outrage.

Dans une autre scène, Hy psi pile adresse à Jason des reproches, des menaces, de tendres paroles:

Je ne t'empêche pas, volage, de changer ;

Mais du moins en changeant, laisse-moi me venger : C'est être irop cruel, c'est trop croître l'offense, Que m'ôler à la fois ton cœur et ma vengeance; Le supplice où tu cours la va trop tôt finir. Ce n'est pas me venger, ce n'est que te punir; Et toute sa rigueur n'a rien qui me soulage, S'il n'est de mon souhait etlechoix ell'ouvrage.

Hélas ! si lu pouvais le laisser à mon choix, Ton supplice, il serait de rentrer sous mes lois, De m'attacher à toi d'une chaîne plus forte, Et de prendre en ta main le sceptre que je porte. Tu n'as qu'à dire un mot, ton crime est effacé : J'ai déjà, si lu veux, oublié le passé. Mais qu'inutilement je me montre si bonne, Quand tu cours à la mort de peur qu'on te pardonne!

Passant pardessus le quatrième acte, nous arrivons au cinquième, où l'on voit l'épaisse forêt au milieu de laquelle le dragon garde la Toison d'Or.

Jason a déjà surmonté la moitié des dangers de son entreprise ; c'est Aaete qui en apporte la nouvelle.

Oui, son bras, secondé par ses charmes,

A dompté nos taureaux, et défait nos gens d'armes; Juge si le dragon pourra faire plus qu'eux.

Ils ont poussé d'abord de gros torrents de feux, Ils l'ont enveloppé d'une épaisse fumée, Dont sur toute la plaine une nuit s'est formée; Mais, après ce nuage en l'air évaporé, On les a vus au joug, et le champ labouré ; Lui, sans aucun effroi, comme maître paisible, Jetait dans les sillons cetie semence horrible D'où s'élève aussitôt un escadron armé, Par qui de tous côtés il se trouve enfermé. Tous n'en veulent qu'à lui ; mais son âme plus fière Ne daigne contre eux tous s'armer que de poussière. A peine il la répand, qu'une commune erreur D'eux tous, l'un contre l'autre, anime la fureur: Ils s'entr'immolent tous au commun adversaire; Tous pensent le percer quand ils percent leur frère. Leur sang partout regorge, et Jason au milieu Reçoit ce sacrifice en posture d'un dieu ; Et la terre, en courroux de n'avoir pu lui nuire, Rengloutil l'escadron qu'elle vient de produire.

Comme l'indiquent les trois premiers vers , il soupçonne Médée d'avoir prêté à Jason le secours de sa magie ; aussi répond-il à Absyrte qui combat cette imputation :

Ah ! que tu connais mal jusqu'à quelle manie D'un amour déréglé passe la tyrannie !

Il n'est rang, ni pays, ni père, ni pudeur, Qu'épargne de ces feux l'impérieuse ardeur. Jason plut à Médée, et peut encor lui plaire. Peut-être es-tu toi-même ennemi de ton père, Et consens que la sœur par ce présent fatal S'assure d'un amant qui serait ton rival. Tout mon sang révolté trahit mon espérance ; Je trouve ma ruine où fut mon assurance, Le destin ne me perd que par l'ordre des miens, Et mon trône est brisé par ses propres soutiens.

ABSYRTE.

Quoi ! seigneur, vous croiriez qu'une action si noire...

AJETE.

Je sais ce qu'il faut craindre, et non ce qu'il faut croire.

Tout à coup' sa fille paraît montée sur le dragon , s'empare de la Toison , et défie Jason de la venir enlever : Aaete ignore que c'est une ruse de la magicienne, et est prêt à ebanger d'idée; mais elle fuit, emportant le fatal trésor, et il ne peut plus douter de son malheur.

Le ciel s'ouvre ; on voit le palais du Soleil et

celui de Jupiter. Aœte invoque le secours de son père Apollon.

Ame de l'univers, auteur de ma naissance, Dont nous voyons partout éclater la puissance, Souffriras-tu qu'un roi qui lient de toi le jour Soit lâchement trahi par un indigne amour? A ces Grecs vagabonds refuse la lumière, De leurs climats chéris détourne ta carrière, N'éclaire point leur fuite après qu'ils m'ont détruit, Et répands sur leur route une éternelle nuit. Fais plus, montre-loi père, et, pour venger ta race, Donne-moi tes chevaux à conduire en la place ; Prèle-moi de tes feux l'éclat étincelant, Que j'embrase leur Grèce avec ion char brûlant ; Que, d'un de tes rayons lançant sur eux le foudre, Je les réduise en cendre et leur butin en poudre ; Et que par mon courroux leur pays désolé Ait horreur à jamais du bras qui m'a volé.

]S"e pouvant accorder à son fils sa demande, Apollon intercède pour lui auprès de Jupiter.

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