ACTE TROISIÈME
Mérétule, confident, de Massinisse, lui dit que cette union lui a gagné tous les cœurs des Numides. — Eryxe, affectant malgré son dépit une adroite modération, ne blâme Massinisse que par ce que les Romains refuseront d'approuver sa conduite.
Ce grand titre de roi, que seul je considère, Etend sur moi l'affront qu'en vous ils vont lui faire; Et rien ici n'échappe à ma tranquillité Que par les intérêts de notre dignité.
Dans votre peu de foi c'est tout ce qui me blesse. Vous allez hautement montrer notre faiblesse, Dévoiler noire honte, et faire voir à tous Quels fantômes d'état on fait régner en nous. Oui, vous allez forcer nos peuples de connaître Qu'ils n'ont que le sénat pour véritable maître, El que ceux qu'avec pompe ils ont vu couronner En reçoivent les lois qu'ils semblent leur donner. C'est là mon déplaisir. Si je n'éiais pas reine, Ce que je perds en vous me ferait peu de peine ; Mais je ne puis souffrir qu'un si dangereux choix Détruise en un moment ce peu qui reste aux rois, Et qu'en un si grand cœur l'impuissance de l'être Ait ménagé si mal l'honneur de le paraîlre.
Sophonisbe paraît. La scène entre les deux reines ressemble à celle du second acte ; mais cette fois Sophonisbe l'a emporté, et sa rivale sort après avoir appuyé fortement sur le désaveu de Rome.
Sophonisbe, qui craint d'être conduite captive au Capitole, presse Massinisse d'aller trouver Lœlius.
Afin que vos lauriers me sauvent du tonnerre, Allez aux dieux du ciel joindre ceux de la terre. Mais que nous veut Syphax que ce Romain conduit?
s'interrompt-elle en voyant entrer Syphax. Massinisse sort en recommandant à Sophonisbe de comparer la position du vainqueur avec celle du vaincu ; à quoi elle répond :
Je sais ce que je suis et ce que je dois faire, Et prends pour seul objet ma gloire à satisfaire.
406 EXAMEN ANALYTIQUE
Syphax, qui ignore toute l'étendue de son malheur, et que trompent ces dernières paroles, la remercie en ces termes :
Madame, à cet excès de générosité
Je n'ai presque plus d'yeux pour ma captivité ;
Et, malgré de mon sort la disgrâce éclatante,
Je suis encore heureux quand je vous vois constante.
Un rival triomphant veut place en votre cœur, Et vous osez pour moi dédaigner ce vainqueur! Vous proférez mes fers à toute sa victoire, Et savijz hautement soutenir votre gloire 1 Je ne vous dirai point aussi que vos conseils M'ont Tait choir de ce rang si cher à nos pareils, Ni que pour les Romains votre haine implacable A rendu ma déroule à jamais déplorable. Puisqu'en vain Massinisse attaque votre foi, Je règne dans votre âme, et c'est assez pour moi.
SOPHONISBE
Ma gloire est d'éviter les fers que vous portez, D'éviter le triomphe où vous vous soumettez : Ma naissance ne voit que cette honte à craindre. Enfin détrompez-vous, il siérait mal de feindre: Je suis à Massinisse, et le peuple en ces lieux Vient de voir notre hymen à la face des dieux; Nous sortons de leur temple.