D. SANCHE, CHIMÈNE, ELVIRE
D. SANCHE
Oui, madame, il vous faut de sanglantes victimes : Votre colère est juste, et vos pleurs légitimes; Et je n'entreprends pas, à force de parler, Ni de vous adoucir, ni de vous consoler. Mais si de vous servir je puis être capable, Employez mon épée à punir le coupable; Employez mon amour à venger cette mort : Sous vos commandements mon bras sera trop fort.
CHIMÈNE
Malheureuse !
D. SANCHE
De grâce, acceptez mon service.
CHIMÈNE
J'offenserais le roi, qui m'a promis justice.
D. SANCHE
Vous savez qu'elle marche avec tant de langueur, Que bien souvent le crime échappe à sa longueur ; Son cours lent et douteux fait trop perdre de larmes. Souffrez qu'un cavalier vous venge par les armes : La voie en est plus sure, et plus prompte à punir.
CHIMÈNE
C'est le dernier remède ; et s'il y faut venir, Et que de mes malheurs cette pitié vous dure, Vous serez libre alors de venger mon injure.
D. SANCHE
C'est Tunique bonheur où mon âme prétend ; Et pouvant l'espérer, je m'en vais trop content.
LE CID, ACTE