ACTE TROISIÈME
Agésilas repousse la double proposition de Lysander; celui-ci se plaint avec amertume; il espérait que du moins le roi lui permettrait d'aller finir ses jours dans la retraite.
C'était là mon dessein ; mais cette même envie Qui me fait près de vous un si malheureux sort, Ne saurait endurer ni l'éclat de ma vie Ni l'obscurité de ma mort.
Mais Agésilas lui répond qu'en prenant pour gendres deux princes aussi puissants, le général consulte plutôt son intérêt que celui de la Grèce. Quant aux lieux où il veut se retirer,
Ceux que prend pour exil ou choisit pour asile
Ce dessein d'une mort tranquille, Des Perses et des Grecs séparent les états ; L'assiette en est heureuse, et l'accès difficile.
Irrité du soupçon que renferment ces dernières paroles, Lysander reproche à Agésilas son ingratitude : c'est à lui Lysander qu'Agésilas doit tout ce qu'il est. — J'en conviens, répond celui-ci ;
Mais, tirant tout à vous la suprême puissance,
Vous me laissez des litres vains.
On s'empresse à vous voir, on s'efforce à vous plaire; On croit lire en vos yeux ce qu'il faut qu'on espère ; On pense avoir tout fait quand on vous a parlé; Mon palais près du vôtre est un lieu désolé ; Et le généralat, comme le diadème, M'érige sous votre ordre en fantôme éclatant, En colosse d'état, qui de vous seul attend
L'âme qu'il n'a pas de lui-même,
Et que vous seul faites aller Où, pour vos intérêts, il le faut étaler. Général en idée, et monarque en peinture, De ces illustres noms pourrais-je faire cas S'il les fallait porter m< ins comme Agésilas
Que comme votre créature, Et montrer avec pompe au res'.e des humains En ma propre grandeur l'ouvrage de vos mains? Si vous m'avez fait roi, Lysander, je veux l'être : Soyez-moi bon sujet, je vous serai bon maitre; Mais ne prétendez plus partager avec moi
Ni la puissance, ni l'emploi.
Si vous croyez qu'un sceptre accable qui le porte, A moins qu'il prenne une aide à soutenir son poids,
Laissez discerner à mon choix Quelle rnain à m'aider pourrait être assez forte. Vous aurez bonne part à des emplois si doux,
Quand vous pourrez m'en laisser faire ; Mais soyez sûr aussi d'un succès tout contraire, Tant que vous ne voudrez les tenir que de vous.
Revenant à Elpinice et Aglatide, le roi s'engage à récompenser en elles les services de leur père.
Après avoir remercié, en assurant que ses filles, et particulièrement Aglatide, renonceront sans murmurer aux époux qui leur étaient destinés , Lysander sort.
Agésilas apprend de Xénoclès , son confident, que Lysander conspire ; une copie de la harangue préparée par cet éloquent esclave que l'on nomme Cléon d'Halicarnasse, en est la preuve.
AGÉSILAS
Ainsi de toutes parts le péril m'environne : Si je veux le punir, j'expose ma couronne, Et si je lui fais grâce, ou veux dissimuler, Je dois craindre.
XÉNOCLÈS.
Cotys, seigneur, veut vous parler.
AGÉSILAS
Voyons quelle est sa flamme, avant que de résoudre S'il nous faudra lancer ou retenir la foudre.
Le roi de Paphlagonie annonce à Agésilas son amour pour Mandane. — Ce serait mal répondre à l'amitié des Grecs que de choisir pour épouse une Persane, objecte l'amant interdit de cette rivalité inattendue. — Mais, répond Cotys, l'exemple d'un grand roi, qui, dit-on, l'aime et l'estime, ne m'y autorise-t-il pas ?
Si ce bruit n'est point faux, mon mal est sans remède : Car enfin c'est un roi dont il me faut l'appui.
Adieu, s igneur,je la lui cède;
Mais je ne la cède qu'à lui.
(Il soit.)
Comment a-t-il appris que j'aime Mandane ? demande Agésilas à Xénoclès. — C'est vous , ce sont vos soins, vos déférences pour cette Persane, qui ont fait connaître votre amour, répond le confident.
Toutefois il est temps, ou de vous déclarer, Ou de céder l'objet qui vous fait soupirer
AGÉSILAS
Le plus sûr, Xénoclès, n'est pas le plus facile : Cherche-moi Spitridate, et l'amène en ce lieu ; Et nous verrons après s'il n'est point de milieu Entre le charmant et l'utile.