ACTE PREMIER
Vainqueur des Gépides et des Ostrogoths, dont il traîne les rois à sa suite, Attila veut se faire un appui de l'empire romain, qui penche vers sa ruine, ou de celui des Francs, déjà presque affermi. Il a donc fait demander en mariage, d'un côté Honorie, sœur de Valentinian ; de l'autre, Ildione, sœur de Mérovée; et sous prétexte de se décider, il veut consulter Valamir et Ardaric.
ATTILA
Ils ne sont pas venus nos deux rois; qu'on leur die Qu'ils se font trop attendre, et qu'Attila s'ennuie.
Octar, capitaine de ses gardes, s'étonne qu'Attila consulte ses prisonniers; le roi lui répond que s'il en agit ainsi c'est afin de livrer comme victime au roi des Francs ou à l'empereur, celui qui aura conseillé le refus de l'une ou de l'autre alliance. Je veux diviser les nations pour les vaincre ; j'en ai cinq à combattre, dit-il, et
De ces cinq nations contre moi trop heureuses, J'envoie offrir la paix aux deux plus belliqueuses ; Je traite avec chacune, et comme toutes deux De mon hymen offert ont accepté les nœuds, Des princesses qu'ensuite elles en Tout le gage, L'une sera ma femme, et l'autre mon otage. Si j'offense par là l'un des deux >ouverains, Il craindra pour sa sœur qui reste en ire mes mains. Ainsi je les tiendrai l'un et l'autre en contrainte, L'un par mon alliance, et l'autre par la crainte ; Ou, si le malheureux s'ob.-.line à s'irriter, L'heureux en ma faveur saura lui résister; Tant que de nos vainqueurs, terrassés l'un par l'autre, Les trônes ébranlés tombent au pied du nôtre. Quant à l'amour, apprends que mon plus doux souci N'est... Mais Ardaric enlre, et Valamir aussi.
Après leur avoir exposé le motif pour lequel il les a fait venir, il prend leur avis. L'un d'eux lui dit qu'il doit suivre le penchant de son cœur.
ATTILA
L'amour chez Attila n'est pas un bon suffrage : Ce qu'on m'en donnerait me tiendrait lieu d'outrage ; El tout exprès ailh-urs je porterais ma foi, De peur qu'on eût par là trop de pouvoir sur moi. Les femmes qu'on adore usurpent un empire Que jamais un mari n'ose ou ne peut dédire ; C'est au commun des rois à se plaire en leurs fers, Non à ceux dont le nom fait tremb'er l'univers. Que chacun de leurs yeux aime à se faire esclave, Moi je ne veux les voir qu'en tyrans que je brave ; El, par quelques attraits qu'ils captivent un cœur, Le m. en, en dépit d'eux, est tout à ma grandeur. Parlez donc seulement du choix le plus utile.
Le roi des Ostrogoths , Valamir, conseille l'ai-
liance avec la France ; Ardaric , au contraire , pense qu'en épousant Honorie, Attila réunirait à ses propres forces celles de l'empire, respectables encore. Impatienté d'une trop longue discussion, il les interrompt d'un ton brusque :
Est-ce comme il me faut tirer d'inquiétude Que de plonger mon âme en plus d'incertitude? Et quand je vous confie un sort tel que le mien, C'est m'offenser tous deux que ne résoudre rien.
L'un d'eux répond que s'ils insistent , ce n'est que par zèle. Attila le veut bien croire ; mais alors il faut conseiller à l'une des deux princesses de repousser sa demande, afin qu'il puisse imputer la rupture à son aversion pour lui. — Allez, travaillez-y, et réussissez, dit-il;
Je veux bien jusque-là suspendre ma colère.
(Il sort.)
Cependant Ardaric aime Ildione , Valamir est épris d'Honorie; chacun des deux princes voudrait que l'autre se désistât en faveur du roi des Huns, et persuadât à son amante d'accepter la main d'Attila. Ils sortent après cette mutuelle confidence, remettant au sort le soin de les tirer d'un si perplexe état.