ACTE QUATRIÈME
Chilon apprend à Bérénice la sensation qu'a produite son arrivée ; les Romains l'aiment, mais ils craignent que son hymen avec Tite ne serve de prétexte à mille complots auxquels pourrait prendre part Domitian lui-même ; le sénat s'assemble,
NALYTIQUE. . M5
comme l'empereur l'a ordonné, mais si l'on y parle de la reine, les nombreux partisans de Domitie feront sans doute adopter le bannissement de sa rivale préférée.
Instruit du coup qui les menace tous deux, Domitian vient trouver la reine afin d'aviser aux moyens de le détourner. Bérénice connaît tout son pouvoir sur l'empereur, elle est sure de confondre les projets de Domitie et d'empêcher que Tite n'épouse cette femme ambitieuse.
Quant au sénat, qu'il m'ôte ou me donne l'empire, Je ne vous dirai point à quoi je me résous.
(Elie sort.)
Domitie vient conjurer Domitian de seconder ses efforts pour obtenir l'exil de Bérénice : Domitian, au contraire, voudrait voir l'empereur la placer sur le troue, et revenir à lui Domitie délaissée.
DOMITIE.
Ne vous y tromprz pas; s'il me donne le change, Je ne suis point à vous, je suis à qui me venge, Et irouverai peut-être à Rome assez d'appui Pour me venger de vous aussi bien que de lui.
(Mlle sort )
Domitian ne sait plus s'il doit donner suite à son projet : Albin le lui conseille , et il se décide à demander Bérénice afin d'ohtenir la fille de Corbulon.
Tite paraît ; son frère l'engage à épouser la reine.
N'avez-vous pas un absolu pouvoir,
Seigneur?
TITE
Oui, mais j'en suis comptable à tout le monde; Comme dépositaire il faut que j'en réponde. Un monarque a souvent des lois à s'imposer, Et qui veut pouvoir tout, ne doit pas tout oser.
Domitian réplique que si Tite aimait Bérénice autant qu'il le dit, il trouverait très-faeile de rendre Domitie à son premier amant. — Ah ! répond l'empereur, il y va de bien plus que de vous la céder. — De quoi, seigneur?
—De tout.
Il y va d'épouser sa haine jusqu'au bout, D'en suivre la furie, et d'être le mini-lre De ce qu'un noir dépit conçoit de plus sinistre; El peut-être l'aigreur de ces inimitiés Voudra que je vous perde ou que vous me perdiez : Voilà ce qui peut suivre un si doux hymér.ée. Voiis voyez dans l'orgueil Domitie obstinée : Quand pour mot cet orgueil ose vous dédaigner, Elle ne m'aime pas, elle cherche à régner ; Avec vous, avec moi, n'importe la manière, Tout plairait, à ce prix, à son humeur altière; Tout serait digne d'elle, et le nom d'empereur A mon assassin même attacherait son cœur.
DOMITIAN
Pouvez-vous mieux choisir un frein à sa colère, Seigneur, que de la mettre entre les mains d'un frère?
TITE
Non, je ne puis la metire en de plus sûres mains ; Mais, plus vousm'èles cher, prince, etplus je vous crains. De ceux qu'unit le sang plus douces sont les chaînes, Plus leur désunion met d'aigreur dans leurs haines; L'offense en est plus rude, et le courroux plus grand,
EXAMEN ANALYTIQUE
La suite plus barbare, et l'effet plus sanglant. La nalure en fureur s'abandonne à tout faire, El cinquante ennemis sont moins haïs qu'un frère.
— Puisque Domitie rie peut être mon épouse, souffrez que Bérénice le devienne, réplique Domitian. Interdit par cette proposition, l'empereur doute que la reine consente à trahir son amour.
DOMITIAN
Mais si pour se venger elle répond au mien ?
TITE
Epousez-la, mon frère, et ne m'en dites rien.