‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 632 sur 766 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Léon, jeune Romain doué des plus nobles qualités, mais dépourvu d'influence , craint que si le sénat le repousse du trône resté vacant par la mort de Théodose, Pulchérie, sœur du dernier empereur, ne lui refuse sa main.

PULCHÉRIE

Je vous aime, Léon, et n'en fais point mystère ; Des feux tels que les miens n'ont rien qu'il faille taire : Je vous aime, et non point de cette folle ardeur Qun les yeux éblouis font maîtresse du coeur, Non d'un amour conçu par les sens en tumulte, A qui l'âme applaudit sans qu'elle se consulte, Et qui, ne concevant que d'aveugles désirs, Languit dans les faveurs, et meurt dans les plaisirs : Ma passion pour vous, généreuse et solide, A la vertu pour âme, et la raison pour guide, La gloire pour objet, et veut sous votre loi Mettre en ce jour illustre et l'univers et moi. Mon aïeul Théodose, Arcadius mon père, Cet empire, quinze ans gouverné par un frère, L'habitude à régner, et l'horreur d'en déchoir, Voulaient dans un mari trouver même pouvoir. Je vous en ai cru digne; et, dans ces espérances, Dont un penchant flatteur m'a fait des assurances, De tout ce que sur vous j'ai fait tomber d'emplois Aucun n'a démenti l'attente de mon choix : Vos hauts fails à grands pas nous portaient à l'empire : J'avais réduit mon frère à ne m'en point dédire : Il vous y donnait part, et j'étais toute à vous ; Mais ce malheureux prince est mort trop tôt pour nous. L'empire est à donner, et le sénat s'assemble

EXAMEN ANALYTIQUE

Pour choisir une tète à ce grand corps qui tremble, El dont les Huns, les Goths, les Vandales, les Francs, Bouleversent la masse et déchirent les flancs.

« D'ailleurs Martian, le vieux ministre de Théodose , m'a promis de faire appuyer par ses amis votre élection. »

Irène, sœur de Léon, paraît ; Pulchérie les laisse ensemble, en conseillant a celui-ci de faire agir en sa faveur l'amour qu'Aspar, l'un des prétendants à l'empire, éprouve pour Irène. — Irène, de son côté, craint que si Aspar obtenait le suffrage du sénat il ne fût contraint d'épouser Pulchérie ; elle est tout naturellement disposée à servir Léon, car Aspar se trouverait suffisamment honoré en devenant le beau frère de l'empereur : elle propose donc à Léon de faire donner la pourpre à Pulchérie même, et avec l'appui de Martian elle ne doute pas de la réussite, puisque la nouvelle impératrice s'empressera de couronner son amant.

Mais Aspar vient déranger ce projet. Faisonsnous le serment mutuel, dit-il à Léon, que celui de nous deux que désignera le sénat nommera l'autre son collègue à l'empire. Léon ne peut accepter cette offre ; il a remis son sort entre les mains de Pulchérie , et ne doit prendre aucun engagement sans l'avoir consultée :

Adieu, je vous dirai sa réponse au sénat. Seule avec Aspar, Irène lui dit :

Non, seigneur, croyez-moi, n'allez point au sénat; De vos hauts faits pour vous laissez parler l'éclat. Qu'il sera glorieux que, sans briguer personne, Ils fassent à vos pieds apporter la couronne, Que votre seul mérite emporte ce grand choix, Sans que votre présence ait mendié de voix!

Nullement persuadé, il persiste à se rendre dans l'assemblée, afin d'encourager ses partisans par sa présence , et sort. — Irène se promet de déjouer l'ambition de son amant.

Page 1