‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 633 sur 766 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Le sénat vient de nommer Pulchérie impératrice; Martian, qui a considérablement aidé à ce résultai, l'annonce à sa fille Justine. Elle soupire, et avoue qu'elle aime Léon ; à son tour Martian lui révèle les sentiments que lui inspire Pulchérie.

J'aime, et depuis dix ans ma flamme et mon silence

Font à"mon triste cœur égale violence :

J'écou e la raison, j'en goûte les avis,

El les mieux écoutés sont les plus mal suivis.

Croyant que la vieillesse suffirait pour le défendre, son cœur n'a pas été en garde contre les charmes de Pulchérie, et sa honte égale son amour. — Justine a puisé dans les confidences de la princesse celui qui la dévore en secret; elle renonce à l'espoir depuis longtemps caressé de voir quelque obstacle imprévu séparer les deux amants.

Poursuivi par sa jalouse ambition, Aspar vient

apprendre à Martian que le peuple veut s'opposer au choix que Pulchérie se propose de faire de Léon.

Il est jeune, et l'on craint son peu d'expérience. Considérez, seigneur, combien c'est hasarder : Qui n'a fait qu'obéir saura mal commander ; On n'a point yu sous lui d'armée ou de province...

MARTIAN

Jamais un bon sujet ne devint mauvais prince; Et, si le ciel en lui répond mal à nos vœux, L'auguste Pulchérie en sait assez pour deux.

Aspar doute que les vieux généraux de l'empire consentent à recevoir les ordres d'un jeune homme à qui jusqu'alors ils en ont donné , et finit par insinuer que le seul moyen de prévenir les dissensions serait que Martian lui-même épousât Pulchérie.

MARTIAN

Moi, seigneur, dans un âge où la tombe m'attend ! Un maîire pour deux jours n'est pas ce qu'on prétend. Je sais le poids d'un sceptre, et connais trop mes force» Pour être encor sensible à ces vaines amorces.

Aspar sort ; Léon arrive , au comble du désespoir : depuis son élection il ne trouve en Pulchérie qu'une ingrate. Ce n'est pas qu'elle ait abjuré ses serments; non, mais elle hésite, et Léon, dont le seul titre est l'amour, veut que l'amour triomphe sans hésitation.

Martian lui promet de voir Pulchérie et de la lui ramener. Léon le quitte un peu moins agité. — Resté seul avec sa fille, Martian l'exhorte à suivre l'exemple qu'il va lui donner en faisant abnégation d'elle-même.

Le véritable amour n'est point intéressé ; Allons, j'achèverai comme j'ai commencé : ^uis l'exemple, fais voir qu'une âme généreuse Trouve dans sa vertu de quoi la rendre heureuse.

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