‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 656 sur 766 · REMERCIEMENT AU ROI · texte numérisé non relu

REMERCIEMENT AU ROI

Ainsi du Dieu vivant la bonté surprenante Verse, quand il lui plaît, sa grâce prévenante ; Ainsi du haut des cieux il aime à départir Des biens dont notre espoir n'osait nous avertir. Comme ses moindres dons excèdent le mérite, Cette même bonté seule l'en sollicite ; Il ne consulte qu'elle, et, maître qu'il en est, Sans devoir à personne, il donne à qui lui plaît.

Telles sont les faveurs que ta main nous partage, Grand roi, du Roi des rois la plus parfaite image : Tel est l'épanchement de tes nouveaux bienfaits ; Il prévient l'espérance, il surprend les souhaits, Il passe le mérite, et ta bonté suprême Pour faire des heureux les choisit d'elle-même. Elle m'a mis du nombre, et me force à rougir De ne me voir qu'un zèle incapable d'agir. Son excès dans mon cœur fait des troubles étranges . Je sais que je te dois des vœux et des louanges, Que ne t'en pas offrir c'est te les dérober; Mais si j'y fais effort, je cherche à succomber, Et le plus beau succès que ma muse en obtienne Profanera ta gloire et détruira la mienne. Je veux bien l'immoler tout entière à mon roi ; Mais, si je n'en ai plus, je ne puis rien pour toi ; Et j'en dois prendre soin, pour éviter le crime D'employer à te peindre un pinceau sans estime.

Il n'est dans tous les arts secret plus excellent Que de savoir connaître et choisir son talent. Pour moi, qui de louer n'eus jamais la méthode, J'ignore encor le tour du sonnet et de l'ode. Mon génie au théâtre a voulu m'attacher, Il en a fait mon sort, je dois m'y retrancher;

1. Le roi avait compris Corneille dans le nombre des savants célèbres à qui il accorda des gratifications en 1662.

POESIES DIVERSES

Partout ailleurs jerampe, et ne suis plus moi-même: Mais là j'ai quelque nom, là quelquefois on m'aime; Là ce même génie ose de temps en temps Tracer de ton portrait quelques traits éclatants. Par eux de l'Andromède il sut ouvrir la scène : On y vit le Soleil instruire JVlelpomène, Et lui dire qu'un jour Alexandre et César Sembleraient des vaincus attachés à ton char ; Ton front le promettait, et tes premiers miracles Ont rempli hautement la foi de mes oracles. A peine tu parais les armes à la main, Que tu ternis les noms du Grec et du Romain; Tout tremble, tout fléchit sous tes jeunes années ; Tu portes en toi seul toutes les destinées ; Rien n'est en sûreté s'il ne vit sous ta loi : [toi ; On t'offre, ou, pour mieux dire, on prend la paix de Et ceux qui se font craindre aux deux bouts de la ter- Pour ne te craindre plus renoncent à la guerre, [re,

Ton hymen est le sceau de cette illustre paix ; Sur ces grands incidents tout parle, et je me tais ; Et, sans me hasarder à ces nobles amorces, J'attends l'occasion qui s'arrête à mes forces. Je la trouve, et j'en prends le glorieux emploi, Afin d'ouvrir ma scène encore un coup pour toi : J'y mets la Toison d'or ; mais, avant qu'on la voie, La Paix vient elle-même y préparer la joie; L'Hymen l'y fait descendre ; et de Mars en courroux Par ta digne moitié j'y romps les derniers coups.

On te voyait dès-lors à toi seul comparable Faire éclater partout ta conduite adorable, Remplir les bons d'amour, et les méchants d'effroi. Jusque-là toutefois tout n'était pas à toi; Et, quelques doux effets qu'eût produits ta victoire, Les conseils du grand Jule ' avaient part à ta gloire.

Maintenant qu'on te voit en digne potentat Réunir en ta main les rênes de l'état, Que tu gouvernes seul, et que, par ta prudence, rlu rappelles des rois l'auguste indépendance, Il est temps que d'un air encor plus élevé Je peigne en ta personne un monarque achevé ; Que j 'en laisse un modèle aux rois qu'on verra naître, Et qu'en toi pour régner je leur présente un maître.

C'est là que je saurai fortement exprimer L'art de te faire craindre, et de te faire aimer; Cet accès libre à tous, cet accueil favorable, Qu'ainsfrurau plus heureux tu fais au misérable. Je te peindrai vaillant, juste, bon, libéral, Invincible à la guerre, en la paix sans égal : •le peindrai cette ardeur constante et magnanime De retrancher le luxe et d'extirper le crime; Ce soin toujours actif pour les nobles projets, Toujours infatigable au bien de tes sujets ; Ce choix de serviteurs fidèles, intrépides, Qui soulagent tes soins, mais sur qui tu présides,

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