‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 659 sur 766 · A LA RENTRÉE PURLIQUE D'APRÈS PAQUES · texte numérisé non relu

A LA RENTRÉE PURLIQUE D'APRÈS PAQUES

- Thomas Corneille naquit à Rouen, le 20 août 1625, de Pierre Corneille, avocat du roi à la table de marbre , et de Marthe le Pesant, fille d'un maître des comptes, de qui sont aussi descendus MM. le Pesant de Rois-Guilbert , dont l'un est conseiller en la grand'chambre du parlement de Rouen ; l'autre, lieutenant-général et président au présidial de la même ville.

Le jeune Corneille fit ses classes aux Jésuites; et il y a apparence qu'il les fit bien. Ce que l'on en sait de plus particulier, c'est qu'étant en rhétorique il composa en vers latins une pièce que son régent trouva si fort à son gré, qu'il l'adopta, et la substitua à celle qu'il devait faire représenter par ses écoliers pour la distribution des prix de l'année. Quand il eut fini ses études , il vint à Paris , où l'exemple de Pierre Corneille, son frère aîné, le tourna du côté du théâtre ; exemple qui, pour être suivi, demandait une affinité de génie que les liaisons du sang ne donnent point , et que l'on ne compte guère entre les titres de. famille.

Son début fut heureux, et Timocrate, une de ses premières tragédies, eut un si grand succès, qu'on la joua de suite pendant six mois. Le roi vint exprès au Marais pour en voir la représentation ; et le zèle de quelques amis de M. Corneille alla jusqu'à lui vouloir persuader d'en rester là , comme s'il n'y avait eu rien à ajouter à la gloire qu'il avait acquise, ou qu'on eût beaucoup risqué à la vouloir soutenir par de nouvelles productions. Mais Laodice,Camma, Darius, Annibalet Stilicon, qu'il donna ensuite, ne reçurent pas moins d'applaudissements que Timocrate, et ce fut sans doute avec justice , puisque Pierre Corneille lui-même disait qu'il aurait voulu les avoir faites. Il n'y avait alors que M. Corneille dont nous parlons qui pût mériter la jalousie de son frère, et il n'y avait peut-être que ce frère qui fût assez généreux pour l'avouer.

De ce tragique sublime , M. Corneille passa à des caractères qui, plus naturels, ou plus à la por-

tée de nos mœurs , quoique toujours héroïques , n'avaient cependant pas encore été placés sur la scène française. Ariane et le Comte d'Essex, écrits dans ce goût, enlevèrent tous les suffrages dès qu'ils parurent; et le public, que l'on accuse de se rétracter si aisément , ne s'est pas même refroidi après trente à quarante ans d'examen. Ariane et le Comte d'Essex sont toujours demandés ; on en sait les plus beaux endroits par cœur; ils plaisent comme s'ils avaient le mérite de la nouveauté; on y verse des larmes comme s'ils avaient encore l'avantage de la surprise.

Le comique prit aussi des beautés singulières entre les mains de M. Corneille ; il commença par mettre au théâtre quantité de pièces espagnoles dont on ne croyait pas qu'il fût possible de conserver l'esprit et le sel, si l'on voulait les dégager des licences et des fictions qui leur sont particu* hères, et que notre scène n'admet point. De ce co* mique ingénieux , mais outré , il a su , dans Vinconnu et dans plusieurs autres pièces , revenir à un comique simple, instructif et gracieux, qui les a déjà presque fait survivre au siècle qui les a vues naître.

Il s'exerça encore à la poésie chantante ; et nous avons de lui trois opéras qui ne le cèdent à aucun ouvrage de ce genre.

Les OEuvres dramatiques de Corneille sont imprimées en recueil, suivant l'ordre des temps. On en a fait plusieurs éditions à Paris, en province et dans les pays étrangers. Celles de Paris sont des années 1682 , 1692 , 1709 ; cette dernière , qui est la plus exacte, est aussi la plus ample : mais elle le serait bien davantage, si Corneille y avait voulu joindre tout ce qu'on sait qu'il a fait paraître sous d'autres noms. Ce recueil ne laisse pas d'être immense , et le cours d'une aussi longue vie que la sienne semble à peine y avoir pu suffire. Quarante pièces de théâtre au moins n'ont cependant emporté qu'une petite partie de son temps ; et, ce qui.

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est peut-être encore plus heureux, il n'y a presque donné que celui de sa jeunesse.

La traduction de quelques livres des Métamorphoses et des Épîtres héroïques d'Ovide venait d acquérir à M. de Corneille ce qui lui restait à prétendre des honneurs de la poésie, quand il perdit son illustre frère, le grand Corneille'; car pourquoi ne le nommerions-nous pas avec le public le grand Corneille, dans réloge d'un frère qui s'était lui-même fait une douce habitude de l'appeler ainsi?

La mort d'un frère, quand elle n'est pas prématurée, ne touche la plupart des hommes que par un triste retour sur eux-mêmes. Ils mesurent l'intervalle, ils supputent les moments qu'ils croient leur rester : ce calcul les effraie, et la nature, qui suit toujours ses faiblesses , mais qui est souvent habile à les couvrir, met sur le compte de la tendresse une douleur causée par l'amour-propre. Il n'en était pas ainsi de ceux dont nous parlons. Outre que Pierre Corneille était de vingt ans plus âgé que son frère, il y avait entre eux la plus parfaite union que l'on puisse imaginer, union qui les a quelquefois confondus aux yeux de leurs contemporains, et qui imposera d'autant plus à la postérité, qu'elle aura de nouveaux sujets de s'y méprendre.

Une estime réciproque , des inclinations et des travaux à peu près semblables, les engagements de la fortune, ceux même du hasard, tout semblait avoir concouru à les unir. Nous en rapporterons un exemple qui paraîtra peut-être singulier. Us avaient épousé les deux sœurs, en qui il se trouvait la même différence d âge qui était entre eux. Il y avait des enfants de part et d'autre, et en pareil nombre. Ce n'était qu'une même maison , qu'un même domestique. Enfin, après plus de vingt-cinq ans de mariage, les deux frères n'avaient pas encore songé à faire le partage des biens de leurs femmes, biens situés en Normandie, dont elles étaient originaires, comme eux; et ce partage ne fut fait que par une nécessité indispensable, à la mort de Pierre Corneille.

L'Académie française, à qui la perte de ce grand homme fut également sensible, crut ne la pouvoir mieux réparer que par le choix d'un frère qui lui était cher, et qui marchait glorieusement sur ses traces. On eût dit qu'il s'agissait d'une succession qui ne regardait que lui. Il fut élu tout d'une voix, et cet honneur, qui semblait achever le parallèle des deux frères, fut seul capable de suspendre les larmes de M. Corneille. On ne peut marquer plus de reconnaissance , ni la marquer plus éloquemment qu'il le fit dans le discours qu'il prononça le jour de sa réception. Mais ce qui relève infiniment le mérite de cette journée, c'est la manière dont

1. Il mourut dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 1684, à soixanle-dix-huit ans.

M. Racine, alors directeur de l'Académie, répondit à ce discours. Après avoir décrit cette espèce, de chaos où se trouvait le poème dramatique quand M. Corneille l'aîné, à force de lutter contre le mauvais goût de son temps, ramena enfin la raison sur la scène , et l"y fit paraître accompagnée de toute la pompe et de tous les ornements dont elle était susceptible, il dit, en s'adressant au nouvel académicien : « Vous auriez pu bien mieux que moi, « monsieur, lui rendre les justes honneurs qu'il mé- « rite , si vous n'eussiez appréhendé qu'en faisant « l'éloge d'un frère avec qui vous avez tant de con- « formité , il ne semblât que vous fissiez votre « propre éloge. » Il ajoute que « c'est une si heu- « reuse conformité qui lui a concilié toutes les « voix pour remplir sa place, et pour rendre à l'A- <■> cadémie, avec le même nom, le même esprit, le « même enthousiasme, la même modestie et les « mêmes vertus. » Quel poids ces paroles n'avaientelles point dans la bouche de M. Racine ! Il parlait de ses rivaux.

L'utilité publique devint alors l'objet particulier des travaux de M Corneille. Il entreprit de donner une nouvelle édition des Remarques de Vaugelas avec des notes qui faciliteraient l'intelligence de chaque article , et qui expliqueraient les changements arrivés dans la langue depuis que ces remarques avaient été faites.

L'ouvrage parut en 2 vol. in-12, au commencement de l'année 1687 ; et M. Corneille, qui jusquelà n'avait peut-être passé que pour poète, fut bientôt reconnu pour un excellent grammairien. On admira surtout comment un homme qui s'était exercé toute sa vie sur des sujets pompeux ou amusants, et qui les avait toujours traités avec une certaine facilité qui faisait le principal caractère de son esprit , était entré tout d'un coup , et avec tant de précision, dans ce détail épineux de particules et de constructions, que l'on peut en quelque sorte appeler l'anatomie du langage.

Le succès de cette entreprise le conduisit à quelque chose de plus grand. L'Académie française faisait imprimer son Dictionnaire , où elle n'avait pas jugé à propos de rapporter les termes des arts et des sciences, qui , quoique plus ignorés que les simples termes de la langue, demandaient au fond une discussion qui était moins de son objet. M. Corneille se chargea d'en faire un Dictionnaire particulier, en manière de supplément, et y travailla avec une telle assiduité, qu'il parut en 1694, en même temps que celui de l'Académie, quoiqu'il fut de même en 2 vol. in-fol. Le public les a reçus avec une égale reconnaissance ; et les mettant toujours à la suite l'un de l'autre , il s'explique assez en faveur de M. Corneille , pour nous dispenser d'en dire davantage.

Trois ans après, c'est-à-dire en 1697, il donna une traduction en vers des quinze livres des Métamorphoses, dont il n'avait autrefois publié que

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les six premiers. De tous les ouvrages qui nous restent des anciens poètes , il n'y en a point dont la matière soit plus diversiiiée , et dont l'utilité soit plus connue : aussi presque toutes les nations se sont empressées à le traduire; les Grecs même n'ont pas dédaigné de le mettre en vers dans leur langue. Mais Ovide, qui s'arrête volontiers sur les endroits de la fable qui présentent des images riantes à la poésie, passe légèrement sur beaucoup de circonstances que personne peut-être n'ignorait de son temps , et que très-peu de gens savent aujourd'hui.

M. Corneille y a suppléé par le commentaire du monde le plus ingénieux ; il a inséré dans ces sortes d'endroits quelques vers surnuméraires, qui , répandant un nouveau jour sur la fable , en continuent si bien le sens, qu'on a peine à s'apercevoir qu'ils y soient ajoutés. C'est là le premier avantage : voici le second. Ces vers sont imprimés d'un caractère différent, et on peut les passer sans interrompre la liaison naturelle de ce qui précède et de ce qui suit. Ainsi il y a des notes pour ceux qui en ont besoin ; c'est une traduction simple pour les autres , et un agrément particulier pour tous.

Quand il plut au roi d'augmenter par un nouveau règlement l'Académie des inscriptions , M. Corneille y fut appelé comme un sujet des plus utiles et des plus zélés : il l'était en effet. Son âge déjà fort avancé ne l'empêchait point de se rendre trèsrégulièrement aux assemblées. Il perdit la vue bientôt après ; mais cet accident si fâcheux ne diminua rien de son assiduité. D'autres infirmités succédant insensiblement à la perte de ses yeux , on le déchargea des travaux de l'Académie, dont l'entrée, droit de suffrage, et toutes les autres prérogatives lui furent conservées sous le titre de vétéran.

M. Corneille, tout aveugle qu'il était, et accablé sous le poids des années , ne laissa pas de faire encore d'heureux efforts en faveur du public. Il lui donna d'abord les nouvelles observations de l'Académie française sur Faugelas , qu'il avait exactement recueillies. Il mit ensuite sous la presse son grand Dictionnaire géographique , qui l'occupait depuis quinze ans, et qui n'a été achevé d'imprimer qu'un an avant sa mort. Ce recueil, qui est en trois volumes in-folio, est le plus ample que nous ayons en ce genre. Il contient non-seulement une

infinité d'articles que l'on chercherait en vain dans les autres dictionnaires ; mais on y trouve de plus, dans les articles communs, des circonstances et des particularités qui , les rendant beaucoup plus étendus , les rendent beaucoup plus curieux. Il en corrigea lui-même toutes les épreuves; il avait dressé exprès un lecteur, dont il s'était rendu la prononciation si familière, qu'à l'entendre lire il jugeait parfaitement des moindres fautes qui s'étaient glissées dans la ponctuation ou dans l'orthographe.

Dès que l'impression de cet ouvrage fut achevée, M. Corneille se retira à Andelys , petite ville de Normandie, où il avait du bien. Il y mourut la nuit du 8 au 9 du mois de décembre dernier 1709, âgé de quatre-vingt-quatre ans trois mois et quelques jours '.

Il avait joui toute sa vie , si l'on en excepte les cinq ou six dernières années, d'une santé égale et robuste, malgré son application continuelle au travail. Il est vrai que personne ne travaillait avec tant de facilité. On dit qu'Jriane, sa tragédie favorite , ne lui avait coûté que dix-sept jours , et qu'il n'en avait donné que vingt-deux à quelques autres. Il était d'une conversation aisée , ses expressions vives et naturelles la rendaient légère sur quelque sujet qu'elle roulât. Il avait conservé une politesse surprenante jusque dans ces derniers temps où l'âge semblait devoir l'affranchir de beaucoup d'attentions ; et à cette politesse il joignait un cœur tendre qui se livrait aisément à ceux qu'il sentait être du même caractère.

Pénétré des vérités de la religion, il en remplissait les devoirs avec la dernière exactitude , mais sans aucune affectation. Très-sincèrement modeste, il n'avait jamais voulu profiter des occasions favorables de se montrer à la cour, ni chez les grands ; et toujours empressé à louer le mérite d'autrui , on l'a vu plusieurs fois se dérober aux applaudissements que le sien lui attirait. Il aimait sur toutes choses une vie tranquille, quelque obscure qu'elle pût être, bienfaisant d'ailleurs, généreux, libéral même dans la plus médiocre fortune. Tous ceux qui l'ont connu le regrettent , comme si la mort l'eût enlevé à la fleur de son âge; car la vertu ne vieillit point.

1. Il laissa une fille, qui épousa M. de Marsilly, et un fils nommé François, dont la fille fut mariée avec le comte de la Tour du Pin.

PIN DE L ELÔGË DE TH. CORNEILLE

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ARIANE

PERSONNAGES

OENARUS, roi de Naxe.

THÉSÉE, fils d'âgée, roi d'Athènes.

PIRITHOUS, fils d'Ixion, roi des Lapithes.

ARIANE, fille de Minos, roi de Crète.

PHÈDRE, sœur d'Ariane.

NÉRINE, confidente d'Ariane.

4RCAS, Naxian, confident d'OEnarus-

La scène est dans l'île de Naxc.

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