‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 662 sur 766 · ARIANE, ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ARIANE, ACTE I, SCÈNE IV

Cependant, pour ôter toute la défiance >

Qu'aurait donné le cours de notre intelligence, Naxe a peu de beautés pour qui des soins rendus Ne me semblent coûter quelques soupirs perdus : Cyane, iEglé, Mégiste, ont part à cet hommage. Ariane le voit, et n'en prend point d'ombrage; Rien n'alarme son cœur : tant ce que je lui doi Contre ma trahison lui répond de ma foi !

PIR1THOTJS.

Ces devoirs partagés ont trop d'indifférence Pour vous faire aisément soupçonner d'inconstance. Mais, quand depuis trois mois vous m'avez attendu, Ne vous déclarant point, qu'avez-vous prétendu?

THÉSÉE

Flatter l'espoir du roi, donner temps à sa flamme De pouvoir, malgré lui, tyranniser son âme, Gagner l'esprit de Phèdre, et me débarrasser D'un hymen dont peut-être on m'aurait fait presser.

Mais me voici dans Naxe; et, quoi qu'on puisse faire, Votre infidélité ne saurait plus se taire. Quel prétexte auriez-vous encore à différer?

THÉSÉE

Je me suis trop contraint, il faut me déclarer. Quoi que doive Ariane en ressentir de peine, Il faut lui découvrir que son hymen me gêne, Et, pour punir mon crime et se venger de moi, La porter, s'il se peut, à faire choix du roi. [même Vous seul , car de quel front lui confesser moi- Qu'en moi c'est un ingrat,un parjure qu'elle aime?. . . Non, vous lui peindrez mieux l'embarras de mon

[cœur.

Parlez; mais gardez bien de lui nommer sa sœur. Savoir qu'une rivale ait mon âme charmée, La chercher, la trouver dans une sœur aimée, Ce serait un supplice, après mon changement, A faire tout oser à son ressentiment.

Ménagez sa douleur pour la rendre plus lente : Avouez-lui l'amour, mais cachez-lui l'amante. Sur qui que ses soupçons puissent ailleurs tomber, Phèdre à sa défiance est seule à dérober.

PIRITHOUS.

Je tairai ce qu'il faut; mais comme je condamne Votre ingrate conduite au regard d'Ariane, N'attendez point de moi que pour vous dégager Je lui parle du feu qui vous porte à changer. C'est un aveu honteux qu'un autre lui peut faire. Cependant, mon secours vous étant nécessaire, Si sur l'hymen du roi je puis être écouté, J'appuîrai le projet dont je vous vois flatté. Phèdre vient, je vous laisse.

THÉSÉE

O trop charmante vue !

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