‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 668 sur 766 · THÉSÉE, ARIANE, NÉRINE · texte numérisé non relu

THÉSÉE, ARIANE, NÉRINE

THÉSÉE

Il faut l'avouer à sa gloire, Sa vertu va plus loin que je n'aurais pu croire. Au bonheur d'un rival lui-même consentir !

ABIANE.

L'honneur à cet effort a dû l'assujettir. Qu'eût-il fait ? Il sait trop que mon amour extrême,

ïî, SCÈNE IV.

En s'attachant à vous, n'a cherché que vous-même; Et qu'ayant tout quitté pour vous prouver ma foi, Mille trônes offerts ne pourraient rien sur moi.

THÉSÉE

Tant d'amour me confond ; et plus je vois,madame, Que je dois...

ABTANE.

Apprenez un projet de ma flamme.

Pour m'attacher à vous par de plus fermes nœuds, J'ai dans Pirithoiis trouvé ce que je veux. Vous l'aimez chèrement; il faut que l'hyménée De ma sœur avec lui joigne la destinée, Et que nous partagions ce que pour les grands cœurs L'amour et l'amitié font naître de douceurs. Ma sœur a du mérite ; elle est aimable et belle , Suit mes conseils en tout ; et je vous réponds d'elle. Voyez Pirithoiis, et tâchez d'obtenir Que par elle avec nous il consente à s'unir.

L'offre de cet hymen rendra sa joie extrême : Mais, madame, le roi... Vous savez qu'il vous aime. S'il faut...

ABIANE.

Je vous entends : le roi trop combattu Peut laisser à l'amour séduire sa vertu. Cet inquiet souci ne saurait me déplaire; Et, pour le dissiper, je sais ce qu'il faut faire.

THÉSÉE

C'en est trop. . . Mon cœur. . . Dieux !

ARIANE

Que ce trouble m'est doux !

Ce qu'il vous fait sentir, je me le dis pour vous. Je me dis...

THÉSÉE

Plût aux dieux ! vous sauriez la contrainte. . .

ABIANE.

Encore un coup, perdez cette jalouse crainte : J'en connais le remède; et, si l'on m'ose aimer, Vous n'aurez pas longtemps à vous en alarmer.

THÉSÉE

Minos peut vous poursuivre, et si de sa vengeance. . .

ABIANE.

Et n'ai-je pas en vous une sûre défense ?

THÉSÉE

Elle est sûre, il est vrai; mais...

ABIANE.

Achevez.

THÉSÉE

J'attends...

ABIANE.

Ce désordre me gêne, et dure trop longtemps. Expliquez-vous enfin.

THÉSÉE

Je le veux, et ne l'ose ; A mes propres souhaits moi-même je m'oppose ; Je poursuis un aveu que je crains d'obtenir.

ARIANE, ACTE

Il faut parler pourtant : c'est trop me retenir.

Vous m'aimez, et peut être une plus digne flamme N'a jamais eu de quoi toucher une grande âme. Tout mon sang aurait peine à m'acquitter vers vous; Et cependant le sort, de ma gloire jaloux, Par une tyrannie à vos désirs funeste... Adieu : Pirithoùs vous peut dire le reste. Sans l'amour qui du roi vous soumet les états, Je vous conseillerais de ne l'apprendre pas.

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