SCÈNE 11. W
Que de faiblesse ! Il faut l'empêcher d'en jouir, Combattre incessamment son infidèle audace. Allez, Pirithoùs -, revoyez-le, de grâce : De peur qu'en mon amour il prenne trop d'appui, Otez-lui tout espoir que je puisse être à lui. J'ai déjà beaucoup dit, dites-lui plus encore.
Nous avancerions peu, madame ; il vous adore : Et quand, pour l'étonner à force de refus, Vous vous obstineriez à ne l'écouter plus, Son âme toute à vous n'en serait pas plus prête A suivre d'autres lois, et changer de conquête. Quoique le coup soit rude, achevons de frapper. Pour servir Ariane, il faut la détromper, Il faut lui faire voir qu'une flamme nouvelle Ayant détruit l'amour que Thésée eut pour elle, Sa sûreté l'oblige à ne pas dédaigner La gloire d'un hymen qui la fera régner. Le roi l'aime, et son trône est pour elle un asile.
PHÈDRE
Quoi! je la trahirais, elle qui, trop facile, Trop aveugle à m'aimer, se confie à ma foi Pour toucher un amant qui la quitte pour moi ! Et quand elle saurait que par mes faibles charmes, Pour lui percer le cœur, j'aurais prêté des armes, Je pourrais à ses yeux lâchement exposer Les criminels appas qui la font mépriser ! Je pourrais soutenir le sensible reproche Qu'un trop juste courroux...
PIRITHOUS.
Voyez qu'elle s'approche.
Parlons : son intérêt nous oblige à bannir Tout l'espoir que son feu tâche d'entretenir.