‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 675 sur 766 · ARIANE, PIRITHOUS, PHÈDRE, NÉRINE · texte numérisé non relu

ARIANE, PIRITHOUS, PHÈDRE, NÉRINE

ARIANE

Eh bien ! ma sœur, Thésée est-il inexorable ? N'avez-vous pu surprendre un soupir favorable ? Et quand au repentir on le porte à céder, Croit-il que mon amour ose trop demander ?

PHÈDRE

Madame, j'ai tout fait pour ébranler son âme ; J'ai peint son changement lâche, odieux, infâme. Pirithoùs lui-même est témoin des efforts Par où j'ai cru pouvoir le contraindre au remords. Il connaît et son crime et son ingratitude ; Il s'en hait; il en sent la peine la plus rude ; Ses ennuis de vos maux égalent la rigueur : Mais l'amour en tyran dispose de son cœur ; Et le destin, plus fort que sa reconnaissance, Malgré ce qu' il vous doit, l'entraîne à l'inconsta n ce .

ARIANE

Quelle excuse! et pour moi qu'il rend peu de combat !

Vrô

AlUAiNE, ACTE 111, SCÈNE IV.

Il hait l'ingratitude, et se plait d'être ingrat!

Puisqu'en sa dureté son lâche cœur demeure, Ma sœur, il ne sait point qu'il faudra que j'en meure; \ ous avez oublié de bien marquer l'horreur Du fatal désespoir qui règne dans mon cœur ; Vous avez oublié, pour bien peindre ma rage, D'assemblertousles maux dont on connaît l'image : II y serait sensible, et ne pourrait souffrir Que qui sauva ses jours fût forcée à mourir.

PHÈDRE

Si vous saviez pour vous ce qu'a fait ma tendresse , Vous soupçonneriez moins...

ARIANE

J'ai tort, je le confesse ; Mais, dans un mal sous qui la constance est à bout, On s'égare, on s'emporte, et l'on s'en prend à tout.

Madame, de ces maux à qui la raison cède, Le temps, qui calme tout, est l'unique remède; C'est par lui seul...

ARIANE

Les coups n'en sont guère importants, Quand on peut se résoudre à s'en remettre au temps . Thésée est insensible à l'ennui qui me touche ! Il y consent ! Je veux l'apprendre de sa bouche. Je l'attendrai, ma sœur ; qu'il vienne.

PIRITHOUS.

Je crains bien Que vous ne vous plaigniez de ce triste entretien. Voir un ingrat qu'on aime, et le voir inflexible, (l'est de tous les ennuis l'ennui le plus seusible. Vous en souffrirez trop ; et pour peu de souci...

ARIANE

\llez, ma sœur, de grâce, et l'envoyez ici.

ARIANE, PIRITHOUS, NÉRINE.

PIRITHOUS.

Par ce que je vous dis, ne croyez pas, madame, Que je veuille applaudir à sa nouvelle flamme. Sachant ce qu'il devait au généreux amour Qui vous fit tout oser pour lui sauver le jour, Je partageai dès lors l'heureuse destinée Qu'à ses vœux les plus doux offrait votre hyménée ; Et je venais ici, plein de ressentiment, Rendre grâce à l'amante, en embrassant l'amant. Jugez de ma surprise à le voir infidèle, Avoirqueversune autre une autre ardeur l'appelle, Et qu'il ne m'attendait que pour vous annoncer L'injustice où l'amour se plaît à le forcer.

Et ne devais-je pas, quoi qu'il me fit entendre, Pénétrer les raisons qui vous faisaient attendre, Et juger qu'en un cœur épris d'un feu constant,

L'amour à l'amitié ne défère pas tant. ? Ah ! quand il est ardent, qu'aisément il s'abuse ! 11 croit ce qu'il souhaite, et prend tout pour excuse. Si Thésée avait peu de ces empressements Qu'une sensible ardeur inspire aux vrais amants , Je croyais que son âme, au-dessus du vulgaire, Dédaignait de l'amour la conduite ordinaire, Et qu'en sa passion garder tant de repos, C'était suivre en aimant la route des héros. Je faisais plus ; j'allais jusqu'à voir sans alarmes Que des beautés de Naxe il estimât les charmes ; Et ne pouvais penser qu'ayant reçu sa foi, Quelques vœux égarés pussent rien contre moi. Mais enfin, puisque rien pour lui n'est plus à taire, Quel est ce rare objet que son choix me préfère ?

PIRITHOUS.

C'est ce que de son cœur je ne puis arracher.

ARIANE

Ma colère est suspecte, il faut me le cacher.

PIRITHOUS.

J'ignore ce qu'il craint; mais, lorsqu'il vous outrage, Sachez que d'un grand roi vous recevez l'hommage : Il vous offre son trône ; et, malgré le destin, Votre malheur par là trouve une heureuse fin. Tout vous porte, madame, à ce grand hyménée. Pourriez-vous demeurer errante, abandonnée? Déjà la Crète cherche à se venger de vous ; EtMinos...

ARIANE

J'en crains peu le plus ardent courroux . Qu'il s'arme contre moi, que j'en sois poursuivie ; Sans ce que j'aime, hélas ! que faire de la vie ? Aux décrets de mon sort achevons d'obéir. Thésée avec le ciel conspire à me trahir : Rompre un si grand projet , ce serait lui déplaire. L'ingrat veut que je meure, il faut le satisfaire, Et lui laisser sentir, pour double châtiment, Le remords de ma perte et de son changement.

PIRITHOUS.

Le voici qui paraît. N'épargnez rien, madame, Pour rentrer dans vos droits,pour regagner son âme; Et si l'espoir en vain s'obstine à vous flatter, Songez ce qu'offre un trône à qui peut y monter.

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