‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 705 sur 766 · LE FESTIN DE PIERRE, ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

LE FESTIN DE PIERRE, ACTE II, SCÈNE IV

Que je vous l'ai promis.

MATHURINE

Quoi ! Charlotte, es' pour rire?

D. JUAN , à Mathurine.

Tout ce que vous direz ne servira de rien ? Elle me veut aimer.

CHARLOTTE

Mathurine, est- il bien D'empêcher que monsieu...

D. JUAN , à Charlotte.

Vous voyez qu'elle enrage.

MATHURINE

Oh! je n'empêche rien, il m'a déjà...

D. JUAN , à Charlotte.

Je gage Qu'elle vous soutiendra qu'elle a reçu ma foi.

CHARLOTTE

Je n' pensais pas...

D. JUAN, à Mathurine.

Gageons qu'elle dira de moi Que j'aurai fait serment de la prendre pour femme.

MATHURINE

Vous v'nez un peu trop tard.

Vous le dites.

MATHURINE

Tredame !

Pourquoi me disputer ?

CHARLOTTE

Pisqu' monsieu me veut bien.

MATHURINE

C'est moi qu'i veut putôt.

CHARLOTTE

Oh ! pourtant j' n'en crois rien.

MATHURINE

I m'a vu la première, et m' l'a dit : qu'i réponde.

CHARLOTTE

Si v's a vu la première, i m'a vu la seconde, Et m' veut épouser.

MATHURINE

Bon!...

D. JUAN , à Mathurine.

Hé ! que vous ai-je dit ?

MATHURINE

C'est moi qu'il épous'ra. Voyez le bel esprit! D. JUAN , à Charlotte.

Vai-je pas deviné? La folle! je l'admire.

Si j' n'avons pas raison, le v'ià qu'est pour le dire : 1 sait notre querelle.

MATHURINE

Oui, puisqu'i sait c1 qu'en est, Qu'i nous juge.

CHARLOTTE

Monsieu, jugé-nous, s'i vous plaît :

Laqueule est parmi nous...

MATHURINE

Gageons q' c'est moi qu'il aime.

Vou zallez voir.

CHARLOTTE

Tant mieux : vouz allez voir vou-même .

MATHURINE

Dites.

CHARLOTTE

Parlez.

D. JUAN

Comment ! est-ce pour vous moquer ?

Quel besoin avez-vous de me faire expliquer? A l'une de vous deux j'ai promis mariage ; J'en demeure d'accord : en faut-il davantage? Et chacune de vous, dans un débat si prompt, Ne sait-elle pas bien comme les choses vont? Celle à qui je me suis engagé doit peu craindre Ce'que, pour l'étonner, l'autre s'obstine à feindre; Et tous ces vains propos ne sont qu'à mépriser, Pourvu que je sois prêt toujours à l'épouser. Qui va de bonne foi hait les discours frivoles ; J'ai promis des effets, laissons là les paroles. C'est par eux que je songe à vous mettre d'accord ; Et l'on saura bientôt qui de vous deux a tort, Puisqu'en me mariant je dois faire connaître Pour laquelle l'amour dans mon cœur a su naître.

(à Mathurine.)

Laissez-la se flatter, je n'adore que vous.

(à Charlotte.) Ne la détrompez point, je serai votre époux.

(à Mathurine.)

Il n'est charmes si vifs que n'effacent les vôtres.

(à Charlotte.) Quand on a vu vos yeux, on n'en peut souffrir d'au- Une affaire me presse, et je cours l'achever ; [très. Adieu : dans un moment je viens vous retrouver.

CHARLOTTE

C'est moi qui li plaît mieux, au moins.

MATHURINE

Pourtant je pense Que je l'épouseron.

SGANARELLE

Je plains votre innocence, Pauvres jeunes brebis, qui pour trop croire un fou, Vous-mêmes vous jetez dans la gueule du loup ! Croyez-moi toutes deux, ne soyez pas si promptes A vous laisser ainsi duper par de beaux contes. Songez à vos oisons, c'est le plus assuré.

D. JUAN , revenant.

D'où vient que Sganarelle est ici demeuré ?

SGANARELLE

Mon maître n'est qu'un fourbe, et tout ce qu'il débite Fadaise; il ne promet que pour aller plus vite. Parlant de mariage, il cherche à vous tromper. Il en épouse autant qu'il en peut attraper;

Page 1