‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 71 sur 766 · L'INFANTE · texte numérisé non relu

L'INFANTE

T'écouterai-je encor, respect de ma naissance,

Qui fais un crime de mes feux?

T'écoûterai-je, amour, dont la douce puissance Contre ce fier tyran fait révolter mes vœux?

Pauvre princesse ! auquel des deux

Dois-tu prêter obéissance ?

Rodrigue, ta valeur te rend digne de moi ; Mais, pour être vaillant, tu n'es pas fils de roi.

Impitoyable sort, dont la rigueur sépare

Ma gloire d'avec mes désirs, Est-il dit que le cboix d'une vertu si rare Coûte à ma passion de si grands déplaisirs? O deux ! à combien de soupirs Faut-il que mon cœur se prépare, Si jamais il n'obtient sur un si long tourment Psi d'éteindre l'amour, ni d'accepter l'amant !

Mais c'est trop de scrupule, et ma raison s'étonne Du mépris d'un si digne cboix : [ne,

Bien qu'aux monarques seuls ma naissance me don- Rodrigue, avec honneur je vivrai sous tes lois. Après avoir vaincu deux rois, Pourrais-tu manquer de couronne ?

Et ce grand nom de Cid que tu viens de gagner Ne fait-il pas trop voir sur qui tu dois régner ?

Il est digne de moi, mais il est à Cbimène ;

Le don que j'en ai fait me nuit.

Entre eux la mort d'un père a si peu mis de haine, Que le devoir du sang à regret le poursuit :

Ainsi n'espérons aucun fruit

De son crime, ni de ma peine, Puisque pour me punir le destin a permis Que l'amour dure même entre deux ennemis.

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