‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 715 sur 766 · SG AN A BELLE · texte numérisé non relu

SG AN A BELLE

D'un vaillant homme mort la gloire se publie ; Mais j'en fais moins de cas que d'un poltron en vie.

D. JUAN

Sais-tu pour qui mon bras vient de s'employer ?

SGANAEELLE.

Non.

Pour un frère d'Elvire.

SGANAEELLE.

Un frère ? Tout de bon ?

D. JUAN

J'ai regret de nous voir ainsi brouillés ensemble; Il parait honnête homme.

SGANAEELLE.

Ah ! monsieur, il me semble Qu'en rendant un peu plus de justice à sa sœur...

D. JUAN

Ma passion pour elle est usée en mon cœur, Et les objets nouveaux la rendent si sensible, Qu'avec rengagement il est incompatible, [rents, D'ailleurs , ayant pris femme en vingt lieux diffé- Tu sais pour le secret les détours que je prends : A ne point éclater, toutes je les engage ; Et si l'une en public avait quelque avantage, Les autres parleraient, et tout serait perdu.

SGANAEELLE.

Vous pourriez bien alors, monsieur, être pendu.

D. JUAN

Maraud !

SGANAEELLE.

Je vous entends ; il serait plus honnête, Pour mieux vous ennoblir, qu'on vous coupât la tête; Mais c'est toujours mourir.

D. JUAN , voyant un tombeau sur lequel est une statue. Quel ouvrage nouveau Vois-je paraître ici ?

SGANAEELLE.

Bon ! et c'est le tombeau Où votre commandeur, qui pour lui le fit faire, Grâce à vous, gît plus tôt qu'il n'était nécessaire.

D. JUAN

On ne m'avait pas dit qu'il fût de ce côté. Allons le voir.

SGANAEELLE.

Pourquoi cette civilité ?

Laissons-le là, monsieur; aussi bien il me semble Que vous ne devez pas être trop bien ensemble.

D. JUAN

C'est pour faire la paix que je cherche à le voir : Et, s'il est galant homme, il doit nous recevoir. Entrons.

SGANAEELLE.

Ah ! que ce marbre est beau! Ne lui déplaise, Il s'est là, pour un mort, logé fort à son aise.

D. JUAN

J'admire cette aveugle et sotte vanité.

Un homme, en son vivant, se sera contenté

D'un bâtiment fort simple, et le visionnaire

En veut un tout pompeux quand il n'en a que faire.

SGANAEELLE.

Voyez-vous sa statue, et comme il tient sa main ?

Parbleu ! le voilà bien en empereur romain.

SGANAEELLE.

Il me fait quasi peur. Quels regards il nous jette ! C'est pour nous obliger, je pense, à la retraite ; Sans doute qu'à nous voir il prend peu de plaisir.

D. JUAN

Si de venir dîner il avait le loisir,

Je le régalerais. De ma part, Sganarelle,

Va l'en prier.

SGANAEELLE.

Lui?

D. JUAN

Cours.

SGANAEELLE.

La prière est nouvelle !

Un mort ! Vous moquez-vous ?

D. JUAN

Fais ce que je t'ai dit.

SGANAEELLE.

Le pauvre homme, monsieur, a perdu l'appétit.

D. JUAN

Si tu n'y vas...

SGANAEELLE.

J'y vais... Que faut-il que je dise?

I). JUAN

Que je l'attends chez moi.

SGANAEELLE.

Je ris de ma sottise ; Mais mon maître le veut. Monsieur le commandeu;-, D. Juan voudrait bien avoir chez lui l'honneur De vous faire un régal. Y viendrez-vous?

(La statue baisse la tête ; et Sganarelle, tombant sur les genoux, s'écrie : )

A l'aide !

D. JUAN

Qu'est-ce ? qu'as-tu ? Dis donc.

SGANAEELLE.

Je suis mort, sans remède.

La statue...

D. JUAN

Eh bien, quoi ? Que veux-tu dire ?

SGANAEELLE.

Hélas!

La statue...

D. JUAN

Enfin donc, tu ne parleras pas ?

SGANAEELLE.

Je parle ! et je vous dis, monsieur, que la statue...

LE FESTIN DE PIERR

D. JUAN

Encor?

SGANARELLE

Sa tête...

D. JUAN

Eh bien ?

SGANARELLE

Vers moi s'est abattue.

Elle m'a fait...

D. JUAN

Coquin !

SGANARELLE

Si je ne vous dis vrai, Vous pouvez lui parler, pour eu faire l'essai : Peut-être...

D. JUAN

Viens, maraud, puisqu'il faut que j'en rie, Viens être convaincu de ta poltronnerie : Prends garde. Commandeur, te rendras-tu chez Je t'attends à dîner. [ moi ?

(La statue baisse encore la tête.) SGANARELLE.

Vous en tenez, ma foi!

Voilà mes esprits forts, qui ne veulent rien croire. Disputons à présent, j'ai gagné la victoire.

D. JUAN , après avoir rêvé un moment.

Allons , sortons d'ici.

Sortons. Je vous promets, Quand j'en serai dehors, de n'y rentrer jamais.

E, ACTE IV, SCÈNE II. m

N'ait rendu tout exprès ce dernier témoignage.

D. JUAN

Écoute. S'il t'échappe un seul mot davantage Sur tes moralités, je vais faire venir Quatre hommes des plus forts, te bien faire tenir, Afin qu'un nerf de bœuf à loisir te réponde. M'entends -tu? dis.

SGANARELLE

Fort bien, monsieur, le mieux du monde : Vous vous expliquez net ; c'est là ce qui me plaît. D'autres ont des détours, qu'on ne sait ce que c'est; Mais vous, en quatre mots vous vous faites entendre, Vous dites tout ; rien n'est si facile à comprendre.

D. JUAN

Qu'on me fasse dîner le plus tôt qu'on pourra. Un siège.

SGANARELLE , à la Violette.

Va savoir quand monsieur dînera ; Dépêche.

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