D. CARLOS, D. JUAN, ALONZE
ALONZE, à un valet.
Fais boire nos chevaux, et que l'on nous attende. Par où donc... Mais, ô ciel! que ma surprise est - d. carlos, àAionze. [grande!
D'où vient qu'ainsi sur nous vos regards attachés...
ALONZE
Voilà votre ennemi, celui que vous cherchez, Don Juan.
D. CARLOS
Don Juan !
D. JUAN
Oui, je renonce à feindre ; L'avantage du nombre est peu pour m'y contraindre . Je suis ce don Juan dont le trépas juré... f
ALONZE, à D. Carlos.
Voulez-vous...
D. CARLOS
Arrêtez. M'étant seul égaré, Des lâches m'ont surpris, et je lui dois la vie, Qui par eux, sans son bras, m'aurait été ravie. Don Juan , vous voyez , malgré tout mon courroux, Que je vous rends le bien que j'ai reçu de vous : Jugez par là du reste ; et si de mon offense, Pour payer un bienfait, je suspends la vengeance, Croyez que ce délai ne fera qu'augmenter Le vif ressentiment que j'ai fait éclater. Je ne demande point qu'ici, sans plus attendre, Vous preniez le parti que vous avez à prendre : Pour m'acquitter vers vous, je veux bien vous laisser, Quoi que vous résolviez, le loisir d'y penser. Sur l'outrage reçu, qu'en vain on voudrait taire, Vous savez quels moyens peuvent me satisfaire : Il en est de sanglants, il en est de plus doux. Voyez-les, consultez ; le choix dépend de vous. Mais enfin, quel qu'il soit, souvenez-vous, de grâce, Qu'il faut que mon affront par Don Juan s'efface, Que ce seul intérêt m'a conduit en ce lieu, Que vous m'avez pour lui donné parole. Adieu.
ALONZE
Quoi ! monsieur. . .
D. CARLOS
Suivez-moi.
ALONZE
Faut-il...
D. CARLOS
Notre querelle Se doit vider ailleurs.
D. JUAN, SGANARELLE
D. JUAN
Holà, ho, Sganarelle ! SGANARELLE, derrière le théâtre.
Qui va là?
D. JUAN
Viendras-tu?
SGANARELLE
Tout à l'heure. Ah ! c'est vous ?
D. JUAN
Coquin, quand je me bats, tu te sauves des coups ?
SGANARELLE
J'étais allé, monsieur, ici près, d'où j'arrive : Cet habit est, je crois, de vertu purgative ; Le porter, c'est autant qu'avoir pris...
D. JUAN
Effronté !
D'un voile honnête, au moins, couvre ta lâcheté.
LE FESTIN DE PlELiRE, ACTE III, SCÈNE VIT.