‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 725 sur 766 · ACTE IV, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VIII

D. JUAN

Allons le recevoir.

SGANARELLE

Si j'y vais, qu'on me pende.

D. JUAN

Quoi ! d'un rien ton courage est sitôt abattu !

SGANARELLE

Ah! pauvre Sganarelle, où te cacheras-tu?

D. JUAN, LA STATUE DU COMMANDEUR, SGANARELLE, suite.

Une chaise, un couvert. Je te suis redevable

(à Sganarelle.)

D'être aussi ponctuel. Viens te remettre à table.

SGANARELLE

J'ai mangé comme un chancre, et je n'ai plus de faim.

D. JUAN , au Commandeur.

Si de t' avoir ici j'eusse été plus certain,

Un repas mieux réglé t'aurait marqué mon zèle.

A boire. A ta santé, Commandeur. Sganarelle,

Je te la porte. Allons, qu'on lui donne du vin.

Rois.

SGANARELLE

Je ne bois jamais quand il est si matin.

D. JUAN

Chante; le Commandeur te voudra bien entendre,

SGANARELLE

Je suis trop enrhumé.

LA STATUE

Laisse-le s'en défendre.

C'en est assez, je suis content de ton repas. Le temps fuit, la mort vient et tu n'y penses pas.

D. JUAN

Ces avertissements me sont peu nécessaires. Chantons ; une autre fois nous parlerons d'affaires.

LA STATUE

Peut-être une autre fois tu le voudras trop tard : Mais, puisque tu veux bien en courir le hasard, Dans mon tombeau, ce soir, à souper je t'engage. Promets-moi d'y venir ; auras-tu ce courage ?

D. JUAN

Oui ; Sganarelle et moi, nous irons.

SGANARELLE

Moi ! non pas.

D. JUAN

Poltron !

SGANARELLE

Jamais par jour je ne fais qu'un repas.

LA STATUE

Adieu.

LE FESTIN DE PIERRE

Misérable !

D. JUAN

Jusqu'à ce soir.

LA STATUE

Je t'attends.

Où me veut-il mener?

D. JUAN

J'irai, fût-ce le diable.

Je veux voir comme on est régalé chez les morts.

SGANARELLE

Pour cent coups de bâton que n'en suis-je dehors !

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