‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 726 sur 766 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

D. LOUIS, D. JUAN, SGANARELLE

D. LOUIS

Ne m'abusez-vous point ? et serait-il possible Que votre cœur, ce cœur si longtemps inflexible, Si longtemps en aveugle au crime abandonné, Eût rompu les liens dont il fut enchaîné ? Qu'un pareil changement me va causer de joie ! Mais, encore une fois, faut-il que je le croie ? Et se peut-il qu'enfin le ciel m'ait accordé Ce qu'avec tant d'ardeur j'ai toujours demandé?

D. JUAN

Oui, monsieur; ce retour dont j'étais si peu digne, Nous est de ses bontés un témoignage insigne. Je ne suis plus ce fils dont les lâches désirs N'eurent pour seul objet que d'infâmes plaisirs ; Le ciel , dont la clémence est pour moi sans seconde, M'a fait voir tout à coup les vains abus du monde ; Tout à coup de sa voix l'attrait victorieux A pénétré mon âme et dessillé mes yeux; Et je vois, par l'effet dont sa grâce est suivie, Avec autant d'horreur les taches de ma vie, Que j'eus d'emportement pour tout ce que mes sens Trouvaient à me flatter d'appas éblouissants. Quand j'ose rappeler l'excès abominable Des désordres honteux dont je me sens coupable , Je frémis, et m'étonne, en m'y voyant courir, Comme le ciel a pu si longtemps me souffrir ; Comme cent et cent fois il n'a pas sur ma tête Lancé l'affreux carreau qu'aux méchants il apprête. L'amour, qui tint pour moi son courroux suspendu, M'apprend à ses bontés quel sacrifice est dû. Il l'attend et ne veut que ce cœur infidèle,

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